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Ancienne abbaye d'Argensolles

Dossier IA51001087 réalisé en 2015

Fiche

Fondée au diocèse de Soissons (en limite de celui de Châlons) par Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, pendant sa régence sur le conseil d’Arnould, frère convers de l’abbaye de Villers-en-Brabant, pour s’attirer la bienveillance divine. À sa demande, l’abbaye de Hautvillers céda sa grange d’Argensolles afin de servir de base à la nouvelle communauté qui prit possession des lieux après aménagements en 1222. L’évêque de Soissons Jacques de Basoches et son métropolitain rémois Guillaume de Joinville approuvèrent le projet d’installation pour 90 moniales au maximum, 10 converses et 20 clercs. Sans doute dans le cadre des relations initiales avec Villers, il revint à l’abbaye liégeoise du Val-Notre-Dame d’envoyer un groupe de moniales, au nombre de 35, parmi lesquelles fut choisie la première abbesse, la bienheureuse Ide. L’abbaye obtint dans les deux ans qui suivirent l’autorisation du chapitre général de disposer de frères convers pour l’exploitation de leur domaine. Au spirituel, Argensolles releva de Clairvaux à partir de 1255.

Le prestige et le haut rang de sa fondatrice se mesurent à l’importance de son temporel, particulièrement développé pour une abbaye de moniales (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155100186NUCA). En dépit d’une concurrence spatiale animée par les monastères d’Épernay, de Hautvillers, de Vertus et de la Charmoye (cf. dossier IA51001051), elle a compté en effet 4 granges (non comprise la grange abbatiale) : Commercy, la Loye (?), Souriette à Gionges (51), cette dernière lui ayant été donnée par la comtesse dès la fondation comme la Cense de l’Ordre à Montpothier (10) en 1225 ; à ces granges, il faut ajouter un cellier (51- com. Mancy), au moins deux maisons ou refuges urbains (Épernay et Provins), plusieurs moulins et d’autres domaines secondaires, répartis entre Seine et Marne. Confirmant les libéralités pieuses de sa mère, Thibaut IV ajouta pour sa part environ 1000 arpents de bois (1224), les moulins de Vertus et de Connantre (1229), de Sézanne (1235) et de nombreuses rentes et revenus sur les péages, foires, dîmes et terres des environs, que l’abbaye aura à défendre dès le XIVe siècle. La plupart de ces domaines sera conservée jusqu’à la Révolution, à l’exception de la Loye (ou Lalouët, 51-com. Gionges) détruite avant le XVIIIe siècle et la Cense de l’Ordre, vendue après 1768. Contrairement à d’autres monastères de moniales comme Notre-Dames des Prés à Troyes, Argensolles n’eut pas à vendre tel ou tel domaine pour subvenir à ses difficultés financières car le chapitre général en appela à la générosité des autres communautés pour collecter des fonds destinés aux réparations qu’imposaient les bâtiments. Il faut dire que l’abbesse avait obtenu le privilège de pouvoir assister au chapitre général des Pères de l’ordre en vertu d’une sollicitation de la comtesse Blanche. Au cours du XVIe siècle, le monastère fut déserté par ses moniales pendant une soixantaine d’années dit-on ; celles-ci se réfugièrent à Épernay et Châlons. Il revint à l’abbesse Madeleine de Buade de Frontenac de sécuriser le couvent en faisant élever des murailles en 1617 (Prévost, DHGE, p. 18).

De l’abbaye d’Argensolles, supprimée à la Révolution puis en grande partie démolie, il ne reste aujourd’hui pour ainsi dire rien (ill. IVR21_20155100185NUCA). Si le mobilier a échu à diverses paroisses, notamment la splendide pierre tombale de la 7e abbesse, Marguerite de Châteauvillain, inhumée dans le chœur de l’église abbatiale en mars 1351 (ill. IVR21_20155100192NUCA), les vestiges in situ sont insignifiants (hors potentiel archéologique). Une croix commémorative (ill. IVR21_20155100190NUCA) y a été érigée à proximité d’une grange dont les murs renferment quelques remplois plus anciens. Légèrement en contrebas subsistent sous un bosquet quelques éléments d’architecture médiévale, notamment une salle voûtée d’arêtes en partie comblée (ill. IVR21_20155100191NUCA). Ici et là des pierres de taille jonchent le sol. Comme la carte d’État-major (mi XIXe s.), le cadastre de 1828 n’indiquait déjà plus qu’entre autres un bâtiment en bord de route (ancien bâtiment d’accueil ?) et la petite grange que l’on voit encore aujourd’hui (ill. IVR21_20155100189NUCA). C’est manifestement ce que l’abbé Prévost eut devant les yeux vers 1930 lorsqu’il évoque à partir de vestiges suffisamment importants pour en reconstituer le plan, la superficie et les principales parties, « un espace d’environ 25 hectares [avec] au milieu la baie d’une porte qui donnait issue sur les bois de l’abbaye et qu’on appelait la porte rouge, parce que le pilastres étaient peints en rouge avec deux croix noires sur fond rouge. Les communs, les jardins, les vergers s’étendaient au midi. Le bassin d’eau est bien conservé. L’entrée se trouvait du côté qui regarde le couvent voisin de la Charmoie ; elle est en bon état, ainsi que le corps de logis qui y fait suite. Une porte cochère aux antiques ferrures donne accès dans une cour de moyenne grandeur au fond de laquelle s’élève une habitation de l’époque Louis XIII avec étage et des greniers. Peut-être était-ce les chambres des côtes, le parloir et le logis des serviteurs. On remarque au rez-de-chaussée une belle pierre tombale du XVe siècle sur laquelle repose de grandeur naturelle la statue de Blanche de Navarre (…). Non loin de l’ancienne buanderie passablement démembrée on rencontre un petit réservoir orné d’armoiries. Des viviers de 45 mètres de long sur 6 de large, subsistent encore munis de vannes, à une cinquantaine de mètres derrière l’église ». Il poursuit sa description des lieux avec l’église qui « n’est plus qu’un amas de ruines : c’était un grand vaisseau bâti de pierres dures et voûté. Élevée vers la fin du XVe siècle sur l’emplacement de l’église primitive, elle fut partiellement rebâtie en 1670, quand la voûte du chœur s’écroula. Le pignon du levant avait 80 pieds de haut et 36 de large. Il était percé de deux fenêtres surmontées d’une rosace. Les vitraux passaient pour remarquables. (…) Les deux bas-côté se terminaient par une chapelle. Le grand autel était surmonté d’un retable garni de personnages et d’un couronnement en bois. L’infirmerie éclairée par douze fenêtres datait également de 1670. Le cloître mesurait 50 mètres de long sur 4 mètres de large » (Prévost, DHGE, p. 18-19). Le plan des bois de 1646 (AD51, 14 B 90/5), sur lequel figure la seule représentation ancienne connue de l’abbaye (ill. IVR21_20155100187NUCA), s’accorde bien avec cette description qui semble bien avoir été connue de l’auteur, comme d’ailleurs une carte postale datable du début du XXe siècle montrant les ruines d’une porterie (XVIIe s.) sur le côté ouest de l’enclos (ill. IVR21_20155100193NUCA).

Genre de cisterciennes
Vocables Notre-Dame
Appellations Argensolles
Destinations grange monastique, abbaye
Dénominations abbaye
Aire d'étude et canton Avize
Adresse Commune : Moslins
Lieu-dit : Argensolle
Cadastre : 1984 B1 54-55

Fondée au diocèse de Soissons (en limite de celui de Châlons) par Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, pendant sa régence sur le conseil d’Arnould, frère convers de l’abbaye de Villers-en-Brabant, pour s’attirer la bienveillance divine. À sa demande, l’abbaye de Hautvillers céda sa grange d’Argensolles afin de servir de base à la nouvelle communauté qui prit possession des lieux après aménagements en 1222. L’évêque de Soissons Jacques de Basoches et son métropolitain rémois Guillaume de Joinville approuvèrent le projet d’installation pour 90 moniales au maximum, 10 converses et 20 clercs. Sans doute dans le cadre des relations initiales avec Villers, il revint à l’abbaye liégeoise du Val-Notre-Dame d’envoyer un groupe de moniales, au nombre de 35, parmi lesquelles fut choisie la première abbesse, la bienheureuse Ide. L’abbaye obtint dans les deux ans qui suivirent l’autorisation du chapitre général de disposer de frères convers pour l’exploitation de leur domaine. Au spirituel, Argensolles releva de Clairvaux à partir de 1255.

Le prestige et le haut rang de sa fondatrice se mesurent à l’importance de son temporel, particulièrement développé pour une abbaye de moniales (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155100186NUCA). En dépit d’une concurrence spatiale animée par les monastères d’Épernay, de Hautvillers, de Vertus et de la Charmoye (cf. dossier IA51001051), elle a compté en effet 4 granges (non comprise la grange abbatiale) : Commercy, la Loye (?), Souriette à Gionges (51), cette dernière lui ayant été donnée par la comtesse dès la fondation comme la Cense de l’Ordre à Montpothier (10) en 1225 ; à ces granges, il faut ajouter un cellier (51- com. Mancy), au moins deux maisons ou refuges urbains (Épernay et Provins), plusieurs moulins et d’autres domaines secondaires, répartis entre Seine et Marne. Confirmant les libéralités pieuses de sa mère, Thibaut IV ajouta pour sa part environ 1000 arpents de bois (1224), les moulins de Vertus et de Connantre (1229), de Sézanne (1235) et de nombreuses rentes et revenus sur les péages, foires, dîmes et terres des environs, que l’abbaye aura à défendre dès le XIVe siècle. La plupart de ces domaines sera conservée jusqu’à la Révolution, à l’exception de la Loye (ou Lalouët, 51-com. Gionges) détruite avant le XVIIIe siècle et la Cense de l’Ordre, vendue après 1768. Contrairement à d’autres monastères de moniales comme Notre-Dames des Prés à Troyes, Argensolles n’eut pas à vendre tel ou tel domaine pour subvenir à ses difficultés financières car le chapitre général en appela à la générosité des autres communautés pour collecter des fonds destinés aux réparations qu’imposaient les bâtiments. Il faut dire que l’abbesse avait obtenu le privilège de pouvoir assister au chapitre général des Pères de l’ordre en vertu d’une sollicitation de la comtesse Blanche. Au cours du XVIe siècle, le monastère fut déserté par ses moniales pendant une soixantaine d’années dit-on ; celles-ci se réfugièrent à Épernay et Châlons. Il revint à l’abbesse Madeleine de Buade de Frontenac de sécuriser le couvent en faisant élever des murailles en 1617 (Prévost, DHGE, p. 18).

Période(s) Principale : 13e siècle , (détruit)

De l’abbaye d’Argensolles, supprimée à la Révolution puis en grande partie démolie, il ne reste aujourd’hui pour ainsi dire rien (ill. IVR21_20155100185NUCA). Si le mobilier a échu à diverses paroisses, notamment la splendide pierre tombale de la 7e abbesse, Marguerite de Châteauvillain, inhumée dans le chœur de l’église abbatiale en mars 1351 (ill. IVR21_20155100192NUCA), les vestiges in situ sont insignifiants (hors potentiel archéologique). Une croix commémorative (ill. IVR21_20155100190NUCA) y a été érigée à proximité d’une grange dont les murs renferment quelques remplois plus anciens. Légèrement en contrebas subsistent sous un bosquet quelques éléments d’architecture médiévale, notamment une salle voûtée d’arêtes en partie comblée (ill. IVR21_20155100191NUCA). Ici et là des pierres de taille jonchent le sol. Comme la carte d’État-major (mi XIXe s.), le cadastre de 1828 n’indiquait déjà plus qu’entre autres un bâtiment en bord de route (ancien bâtiment d’accueil ?) et la petite grange que l’on voit encore aujourd’hui (ill. IVR21_20155100189NUCA). C’est manifestement ce que l’abbé Prévost eut devant les yeux vers 1930 lorsqu’il évoque à partir de vestiges suffisamment importants pour en reconstituer le plan, la superficie et les principales parties, « un espace d’environ 25 hectares [avec] au milieu la baie d’une porte qui donnait issue sur les bois de l’abbaye et qu’on appelait la porte rouge, parce que le pilastres étaient peints en rouge avec deux croix noires sur fond rouge. Les communs, les jardins, les vergers s’étendaient au midi. Le bassin d’eau est bien conservé. L’entrée se trouvait du côté qui regarde le couvent voisin de la Charmoie ; elle est en bon état, ainsi que le corps de logis qui y fait suite. Une porte cochère aux antiques ferrures donne accès dans une cour de moyenne grandeur au fond de laquelle s’élève une habitation de l’époque Louis XIII avec étage et des greniers. Peut-être était-ce les chambres des côtes, le parloir et le logis des serviteurs. On remarque au rez-de-chaussée une belle pierre tombale du XVe siècle sur laquelle repose de grandeur naturelle la statue de Blanche de Navarre (…). Non loin de l’ancienne buanderie passablement démembrée on rencontre un petit réservoir orné d’armoiries. Des viviers de 45 mètres de long sur 6 de large, subsistent encore munis de vannes, à une cinquantaine de mètres derrière l’église ». Il poursuit sa description des lieux avec l’église qui « n’est plus qu’un amas de ruines : c’était un grand vaisseau bâti de pierres dures et voûté. Élevée vers la fin du XVe siècle sur l’emplacement de l’église primitive, elle fut partiellement rebâtie en 1670, quand la voûte du chœur s’écroula. Le pignon du levant avait 80 pieds de haut et 36 de large. Il était percé de deux fenêtres surmontées d’une rosace. Les vitraux passaient pour remarquables. (…) Les deux bas-côté se terminaient par une chapelle. Le grand autel était surmonté d’un retable garni de personnages et d’un couronnement en bois. L’infirmerie éclairée par douze fenêtres datait également de 1670. Le cloître mesurait 50 mètres de long sur 4 mètres de large » (Prévost, DHGE, p. 18-19). Le plan des bois de 1646 (AD51, 14 B 90/5), sur lequel figure la seule représentation ancienne connue de l’abbaye (ill. IVR21_20155100187NUCA), s’accorde bien avec cette description qui semble bien avoir été connue de l’auteur, comme d’ailleurs une carte postale datable du début du XXe siècle montrant les ruines d’une porterie (XVIIe s.) sur le côté ouest de l’enclos (ill. IVR21_20155100193NUCA).

Murs calcaire moellon
meulière moellon
Toit tuile mécanique
Plans plan rectangulaire régulier
Couvrements charpente en bois apparente
voûte en berceau plein-cintre
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Bibliographie

    BARTHÉLEMY, Édouard de, Diocèse ancien de Châlons-sur-Marne. Histoire et monuments, II, Paris, 1861, p. 373

    BEAUNIER, dom, Recueil historique, chronologique et topographique des archevechez, evechez, abbayes et prieures de France, t. II, Paris, 1726, p. 586-587

    BOURGEOIS, Armand, "Notes sur l’abbaye d’Argensolles", Revue de Champagne, Reims, 1908-10, p. 9-17

    BOUTON, Jean de la Croix (dir.), Les moniales cisterciennes, Commission pour l'histoire de l'ordre de Cîteaux, ND d’Aiguebelle, Grignan, 4 vol., 1986-1989 (t. I, 1986 ; t. II, 1987 ; t. III, 1988, et t. IV, 1989)

    CHEVALIER, Ulysse, Répertoire des sources historiques du Moyen Âge. Topo-bibliographie, I, Montbéliard, 1894-99, col. 207

    COTTINEAU, dom L.-H., Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Mâcon, 1936, I, col. 144

    DESMARCHELIER, Michel, ”L’architecture des églises de moniales cisterciennes, essai de classement des différents types de plans (en guise de suite)”, Mélanges Anselme Dimier, t. III, Pupillin, B. Chauvin, 1987, p. 79-121 [Argensolles, p. 115]

    DIMIER, Anselme, "La Marne cistercienne", Mélanges Anselme Dimier, t. I, Pupillin, 1987, p. 617-625.

    DONNET, A., "La fondation de l'abbaye d'Argensolles", Cîteaux, commentarii cistercienses, 1959, t. X, p. 212-218

    DOUËT-D'ARCQ, Louis-Claude, Archives de l'Empire. Collection de sceaux, t. III, Paris, 1868, n° 9185, p. 149

    Gallia christiana, IX (1751) col. 478-480 ; X (1751) instr. n° 49, 53 à 56 (Soissons)

    GUYTON, Dom, "Voyage littéraire de Dom Guyton en Champagne (1744-1749)" [par Ulysse ROBERT et Édouard de BARTHÉLEMY], Paris, 1890, p. 41-44

    KWANTEN, Abbé A., "L’abbaye Notre-Dame d’Argensolles", Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, 1969, t. 84, p. 75-85

    MIGNE, abbé J.-P., Dictionnaire des abbayes et monastères [préface de Maxime de Montrond], Paris 1856, col. 55

    MIGUEL, Sandra, Le rôle des abbayes dans le peuplement des campagnes en Brie des étangs et dans les marais de Saint-Gond du VIIe à la fin du XVe s., Mémoire de maîtrise, Université de Reims, 1 vol., Reims, 1997

    PRÉVOST, Arthur, "Argensolles", Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, t. 4, Letouzey et Ané, Paris, 1930, col.16-19

    ROSEROT, Alphonse, Dictionnaire historique de la Champagne méridionale (Aube) des origines à 1790, Langres-Angers, 1942-1948

    V., E. H. de, "Vie manuscrite de la Bienheureuse Ide, première abbesse du monastère d’Argensolles", Revue de Champagne et de Brie, 1889, t. 1, p. 481-498

(c) Région Grand-Est - Inventaire général (c) Région Grand-Est - Inventaire général - WISSENBERG Christophe
Christophe WISSENBERG

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