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Ancienne abbaye de Clairmarais (Reims)

Dossier IA51001092 réalisé en 2015

Clairmarais a été fondée en 1222 hors les murs de Reims, par un bourgeois rémois, l’orfèvre Briard, sous le vocable de Saint-Bernard. L’abbaye a été aussitôt placée dans la dépendance de Clairvaux. Sa situation suburbaine, au faubourg ouest à proximité de la Vesle, ne doit pas étonner (51-com. Reims, rue de Trianon). Alors que les fondations du XIIe siècle se conformèrent autant que possible aux usages masculins en choisissant des lieux reculés, celles du siècle suivant ne recherchèrent plus aussi systématiquement le ”désert”. L’ordre, conscient de la vulnérabilité des communautés féminines en temps de troubles notamment, dut composer et consentir à des implantations proches des villes, autorisant une mise en sécurité rapide. En outre, le strict respect de la clôture interdisant les travaux agricoles, laissés aux convers dans les granges, leurs activités, parmi lesquelles l’enseignement, ainsi que leurs types de ressources, n’imposaient d’ailleurs pas aux moniales de demeurer au cœur de leurs domaines comme les moines.

Son temporel fut assez conséquent, singulièrement cantonné sur une auréole régulièrement éloignée d’une quinzaine de kilomètres de Reims, et structuré par les deux domaines de la Converserie (51- com. Tramery) et d’Espilly (cité en 1231, 51- com. Marfaux), possibles granges, par le cellier de Prouilly (51), domus acquise de 1233 à 1237 par donations successives, ainsi que la grange de Taissy ou Joli-Bois (51) achetée en décembre 1259 (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155100260NUCA). D’autres domaines de moindre ampleur étaient disséminés dans la campagne champenoise, dont Taperel acquis en 1253 (51- com. Val-de-Vesle), Menneville reçu en 1283 (02) sur l’Aisne ou, plus proche, Courcelles (51- com. Saint-Brice-Courcelles). Clairmarais disposait par ailleurs d’un réseau de moulins judicieusement implantés dans les principales vallées (Aisne, Vesle) et jusqu’en Porcien (Chappes) et Vouzinois (Bourcq). Seul celui de Longvoisin (51- com. Ventelay), possédé dès 1251, a subsisté par la ferme qui lui a succédé. Plus encore que leurs consœurs rurales, les moniales avaient hérité de par leur présence sur place plusieurs maisons urbaines dans Reims intra muros comme celle de la Licorne in Largo Vico qui leur avait été donnée dès 1227, puis celle du Vieux-Marché (XVe s.). Elles durent s’y réfugier à plusieurs reprises pendant la guerre de Cent Ans (en 1363), qui causa la ruine du site abbatial (Clairmarais I), comme le relate l’abbesse en 1384 : « Sachent tuit que nous abbesse et couvent de l’eglise de Clermares lez Reins, de l’ordre de Citiaus, avons et tenons en temporalité en bailliage ou ressors et demainne de Vermendois en pluseurs villes et lieus cy apres desclairiés pluseurs revenues et autres choses dont les parties s’ensuient. Premiers tenons et avons hors Reins, asses pres de la ditte ville de Reins, le siege de nostre eglise et d’ancienneté y demouroit tous li couvens, avecques ce la court de la ditte eglise, jardins, un peu de petit bois d’aunes et de sauls empres la riviere de Veelle, joingnans et appartenans les heritages dessus dis a la ditte eglise, la quelle fu arse en partie aveuc tous les ediffices d’icelle ou fondue de fait pour le temps que le roy d’Angleterre Edouars vint devant Reins et n’y a pour le present que le corps de l’eglise qui depuis a esté refais par l’abbesse et couvent ne onques puis n’y demorerent ne abbesse ne couvent, mes ont tous jours depuis demouré dedans Reins » (G. Robert, Le temporel du clergé régulier du diocèse de Reims en 1384, 1926, p. 49-50). La communauté, qui comptait alors 14 moniales, abbesse comprise, s’installa donc dans son deuxième site (Clairmarais II), en ville cette fois (ill. IVR21_20155100262NUCA), grâce aux libéralités des bourgeois, mais la situation financière et matérielle devint telle que le chapitre général fut contraint, comme à la Piété-Dieu et Belleau, de remplacer les moniales par des moines et de réduire l’abbaye au rang de prieuré en 1413. En 1462, des moines d’Igny (par proximité) se trouvaient à Clairmarais mais la transition ne dura que 9 ans, au terme desquels décision fut prise de supprimer Clairmarais et de l’unir à l’abbaye-mère, Clairvaux (A. Bondéelle-Souchier, "Note sur les prieurés dans l’ordre de Cîteaux", Cîteaux. Commentarii cistercienses, t. 45, 1994, 378). À cette occasion fut établie une déclaration du temporel, des rentes et revenus, datée de 1471 et constituant un jalon important de l’histoire de cette maison : les moines rappellent qu’au « lieu de Clermares lez Reims (…) souloit avoir une abbaye de fammes de l’ordre de Cisteaulx, église cloistre dortoir et cimentiere avec toutes offices pertinences et aussi granges et estables ou souloit le bestial (…) et fut jadis clos de murs et de fosses, lequel lieu par le temps des Anglois qui tinrent le siege devant Reims fust mis en ruyne et totalement destruit et depuis on y a reffait unge bien petite maison et deux estables ou on demeure … » (AD10, 3 H 3700*, cartulaire XVe s., p. 147-148). Le domaine, réduit à l’état de grange claravallienne, existait encore au XVIIIe siècle, clos de murs avec son parc et son verger, l’ensemble jouxtant les promenades aménagées au pied des remparts de Reims (ill. IVR21_20155100263NUCA). G. Robert (op. cit., p. XXII) rapporte curieusement qu’à cette époque « Marie-Thérèse de la Ville [après avoir fait reconnaître en cours de Rome des abus d’autorité de Cîteaux] fut nommée [ou s’autoproclama] abbesse de Clairmarais, avec mission de rétablir la vie conventuelle. (…) quand Désirée de Madolx, nommée abbesse en 1784, prit possession de la chapelle Saint-Bernard et de la métairie de Clairmarais, on constata qu’il n’y avait ni religieuses, ni lieux claustraux ». Dès le XIXe siècle, l’urbanisation rémoise entraîna la disparition définitive du site extra muros. En effet, comme dans beaucoup de villes de province, l’arrivée du chemin de fer profita (et/ou fut à l’origine) des espaces libérés par le débastionnement pour tangenter le centre-ville et y implanter la gare. De fait, si le site ne comptait plus qu’un petit bâtiment en 1819 (ill. IVR21_20155100261NUCA), il fut totalement sacrifié vers 1850 pour les aménagements de la desserte de la gare (inaugurée en 1854), lorsque Reims fut rattaché à la ligne Paris-Strasbourg via l’embranchement d’Épernay. L’enfouissement des derniers vestiges sous les remblais des voies s’aggrava avec l’ouverture de la ligne de Soissons, bifurquant à cet endroit précis. Il ne reste aujourd’hui qu’une rue de Clairmarais au faubourg homonyme (parallèle mais non contiguë à l’ancien domaine), pour évoquer le souvenir de ce monastère (ill. IVR21_20155100162NUCA).

Genre de cisterciennes, de cisterciens
Vocables Notre-Dame
Appellations Clairmarais
Destinations abbaye, prieuré
Parties constituantes non étudiées abbaye
Dénominations abbaye
Aire d'étude et canton Reims
Adresse Commune : Reims
Lieu-dit : Clairmarais
Adresse : rue de Trianon
Cadastre : 2017 AT 129 à 133 Seule partie de l'ancien enclos monastique qui soit restée en dehors de l'emprise ferroviaire (remblais)
Précisions

Clairmarais a été fondée en 1222 hors les murs de Reims, par un bourgeois rémois, l’orfèvre Briard, sous le vocable de Saint-Bernard. L’abbaye a été aussitôt placée dans la dépendance de Clairvaux. Sa situation suburbaine, au faubourg ouest à proximité de la Vesle, ne doit pas étonner (51-com. Reims, rue de Trianon). Alors que les fondations du XIIe siècle se conformèrent autant que possible aux usages masculins en choisissant des lieux reculés, celles du siècle suivant ne recherchèrent plus aussi systématiquement le ”désert”. L’ordre, conscient de la vulnérabilité des communautés féminines en temps de troubles notamment, dut composer et consentir à des implantations proches des villes, autorisant une mise en sécurité rapide. En outre, le strict respect de la clôture interdisant les travaux agricoles, laissés aux convers dans les granges, leurs activités, parmi lesquelles l’enseignement, ainsi que leurs types de ressources, n’imposaient d’ailleurs pas aux moniales de demeurer au cœur de leurs domaines comme les moines.

Son temporel fut assez conséquent, singulièrement cantonné sur une auréole régulièrement éloignée d’une quinzaine de kilomètres de Reims, et structuré par les deux domaines de la Converserie (51- com. Tramery) et d’Espilly (cité en 1231, 51- com. Marfaux), possibles granges, par le cellier de Prouilly (51), domus acquise de 1233 à 1237 par donations successives, ainsi que la grange de Taissy ou Joli-Bois (51) achetée en décembre 1259 (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155100260NUCA). D’autres domaines de moindre ampleur étaient disséminés dans la campagne champenoise, dont Taperel acquis en 1253 (51- com. Val-de-Vesle), Menneville reçu en 1283 (02) sur l’Aisne ou, plus proche, Courcelles (51- com. Saint-Brice-Courcelles). Clairmarais disposait par ailleurs d’un réseau de moulins judicieusement implantés dans les principales vallées (Aisne, Vesle) et jusqu’en Porcien (Chappes) et Vouzinois (Bourcq). Seul celui de Longvoisin (51- com. Ventelay), possédé dès 1251, a subsisté par la ferme qui lui a succédé. Plus encore que leurs consœurs rurales, les moniales avaient hérité de par leur présence sur place plusieurs maisons urbaines dans Reims intra muros comme celle de la Licorne in Largo Vico qui leur avait été donnée dès 1227, puis celle du Vieux-Marché (XVe s.). Elles durent s’y réfugier à plusieurs reprises pendant la guerre de Cent Ans (en 1363), qui causa la ruine du site abbatial (Clairmarais I), comme le relate l’abbesse en 1384 : « Sachent tuit que nous abbesse et couvent de l’eglise de Clermares lez Reins, de l’ordre de Citiaus, avons et tenons en temporalité en bailliage ou ressors et demainne de Vermendois en pluseurs villes et lieus cy apres desclairiés pluseurs revenues et autres choses dont les parties s’ensuient. Premiers tenons et avons hors Reins, asses pres de la ditte ville de Reins, le siege de nostre eglise et d’ancienneté y demouroit tous li couvens, avecques ce la court de la ditte eglise, jardins, un peu de petit bois d’aunes et de sauls empres la riviere de Veelle, joingnans et appartenans les heritages dessus dis a la ditte eglise, la quelle fu arse en partie aveuc tous les ediffices d’icelle ou fondue de fait pour le temps que le roy d’Angleterre Edouars vint devant Reins et n’y a pour le present que le corps de l’eglise qui depuis a esté refais par l’abbesse et couvent ne onques puis n’y demorerent ne abbesse ne couvent, mes ont tous jours depuis demouré dedans Reins » (G. Robert, Le temporel du clergé régulier du diocèse de Reims en 1384, 1926, p. 49-50). La communauté, qui comptait alors 14 moniales, abbesse comprise, s’installa donc dans son deuxième site (Clairmarais II), en ville cette fois (ill. IVR21_20155100262NUCA), grâce aux libéralités des bourgeois, mais la situation financière et matérielle devint telle que le chapitre général fut contraint, comme à la Piété-Dieu et Belleau, de remplacer les moniales par des moines et de réduire l’abbaye au rang de prieuré en 1413. En 1462, des moines d’Igny (par proximité) se trouvaient à Clairmarais mais la transition ne dura que 9 ans, au terme desquels décision fut prise de supprimer Clairmarais et de l’unir à l’abbaye-mère, Clairvaux (A. Bondéelle-Souchier, "Note sur les prieurés dans l’ordre de Cîteaux", Cîteaux. Commentarii cistercienses, t. 45, 1994, 378). À cette occasion fut établie une déclaration du temporel, des rentes et revenus, datée de 1471 et constituant un jalon important de l’histoire de cette maison : les moines rappellent qu’au « lieu de Clermares lez Reims (…) souloit avoir une abbaye de fammes de l’ordre de Cisteaulx, église cloistre dortoir et cimentiere avec toutes offices pertinences et aussi granges et estables ou souloit le bestial (…) et fut jadis clos de murs et de fosses, lequel lieu par le temps des Anglois qui tinrent le siege devant Reims fust mis en ruyne et totalement destruit et depuis on y a reffait unge bien petite maison et deux estables ou on demeure … » (AD10, 3 H 3700*, cartulaire XVe s., p. 147-148). Le domaine, réduit à l’état de grange claravallienne, existait encore au XVIIIe siècle, clos de murs avec son parc et son verger, l’ensemble jouxtant les promenades aménagées au pied des remparts de Reims (ill. IVR21_20155100263NUCA). G. Robert (op. cit., p. XXII) rapporte curieusement qu’à cette époque « Marie-Thérèse de la Ville [après avoir fait reconnaître en cours de Rome des abus d’autorité de Cîteaux] fut nommée [ou s’autoproclama] abbesse de Clairmarais, avec mission de rétablir la vie conventuelle. (…) quand Désirée de Madolx, nommée abbesse en 1784, prit possession de la chapelle Saint-Bernard et de la métairie de Clairmarais, on constata qu’il n’y avait ni religieuses, ni lieux claustraux ». Dès le XIXe siècle, l’urbanisation rémoise entraîna la disparition définitive du site extra muros. En effet, comme dans beaucoup de villes de province, l’arrivée du chemin de fer profita (et/ou fut à l’origine) des espaces libérés par le débastionnement pour tangenter le centre-ville et y implanter la gare. De fait, si le site ne comptait plus qu’un petit bâtiment en 1819 (ill. IVR21_20155100261NUCA), il fut totalement sacrifié vers 1850 pour les aménagements de la desserte de la gare (inaugurée en 1854), lorsque Reims fut rattaché à la ligne Paris-Strasbourg via l’embranchement d’Épernay. L’enfouissement des derniers vestiges sous les remblais des voies s’aggrava avec l’ouverture de la ligne de Soissons, bifurquant à cet endroit précis. Il ne reste aujourd’hui qu’une rue de Clairmarais au faubourg homonyme (parallèle mais non contiguë à l’ancien domaine), pour évoquer le souvenir de ce monastère (ill. IVR21_20155100162NUCA).

Période(s) Principale : 13e siècle , (détruit)
Statut de la propriété propriété privée
propriété d'un établissement public de l'Etat, Emplacement des voies ferrées appartenant à la SNCF (EPIC).

Annexes

  • Bibliographie

    BONDÉELLE-SOUCHIER, Anne), "Note sur les prieurés dans l'ordre de Cîteaux", Cîteaux. Commentarii Cistercienses, t. 45, 1994, p. 377-381

    BONDÉELLE-SOUCHIER, Anne, "Les moniales cisterciennes et leurs livres manuscrits dans la France d'Ancien Régime [introduction], Cîteaux. Commentarii Cistercienses, t. 45, 1994, p. 193-229

    BOUTON, Jean de la Croix (dir.), Les moniales cisterciennes, Commission pour l'histoire de l'ordre de Cîteaux,, ND d’Aiguebelle, Grignan, 4 vol., 1986-1989 (t. I, 1986 ; t. II, 1987 ; t. III, 1988, et t. IV, 1989)

    CANIVEZ, J.-M., "Clairmarais", Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, t. 12, Letouzey et Ané, Paris, 1953, col. 1045-1046

    CHEVALIER, Ulysse, Répertoire des sources historiques du Moyen Âge. Topo-bibliographie, I, Montbéliard, 1894-99, col. 725

    COTTINEAU, dom L.-H., Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Mâcon, 1936, I, col. 797

    DIMIER, Anselme, "Le mot Locus dans le sens de monastère", Revue Mabillon, n°250 (oct.-déc. 1972), p. 133-154 [en part. p. 139]

    DIMIER, Anselme, "La Marne cistercienne", Mélanges Anselme Dimier, t. I, Pupillin, 1987, p. 617-625.

    DOUËT-D'ARCQ, Louis-Claude, Archives de l'Empire. Collection de sceaux, t. III, Paris, 1868, n° 9197, p. 151 [l'auteur indique par erreur : dioc. de St-Omer]

    Gallia christiana, IX (1751) col. 179 ; X (1751) instr. n° 61, 73, 78 (Reims)

    LESTER, Anne E., Creating cistercian nuns. The women's religious Movement and its reform in thirteenth-century Champagne, Cornell University Press, 2011 [Clairmarais]

    MIGNE, abbé J.-P., Dictionnaire des abbayes et monastères [préface de Maxime de Montrond], Paris 1856, col. 197

    ROBERT, G. Le temporel du clergé régulier du diocèse de Reims en 1384, Reims, 1926, p.

(c) Région Grand-Est - Inventaire général (c) Région Grand-Est - Inventaire général - WISSENBERG Christophe
Christophe WISSENBERG

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