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Ancienne abbaye Saint-Jacques de Vitry

Dossier IA51001093 réalisé en 2015

Fiche

À l’origine, Saint-Jacques de Vitry fut une maison-Dieu, établissement hospitalier attesté en 1179, tenu par des frères de l’ordre de saint Augustin, puis des sœurs hospitalières, et consacré à l’accueil des pauvres, des lépreux et des pèlerins, notamment de Compostelle (d’où son nom vraisemblablement). Comme l’Amour-Dieu (51- com. Troissy), elle fut transformée en abbaye de moniales cisterciennes placée dans la filiation de Clairvaux en 1234 par le comte de Champagne Thibaut IV, qui perpétuait là encore les pieuses libéralités de sa mère Blanche de Navarre. L’évêque de Châlons et l’abbaye Saint-Pierre-aux-Monts donnèrent leur accord pour cette fondation. On ne sait de quelle abbaye mère sont alors venues les moniales. Les débuts de l’abbaye sont intimement liés au bourg de Vitry, dans lequel se situait l’hôpital Saint-Jacques. Ce n’est donc qu’à la suite de l’incendie du bourg en 1420 que l’abbaye a été transférée sur le site de la ferme Saint-Jacques (ill. IVR21_20155100560NUCA).

Le temporel, non négligeable, s’étendait de part et d’autre du Perthois, au nord dans les vallées de la Saulx et de la Marne, et au sud dans le Der (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155100561NUCA). À cette époque, la plaine d’entre Marne et Saulx était déjà très maîtrisée par les abbayes de la région, notamment Cheminon, Trois-Fontaines, Haute-Fontaine et les nombreux prieurés bénédictins établis de longue date. Saint-Jacques fut concurrencée à Vitry même par les trinitaires, implantés en rive gauche vers 1231 : leurs domaines ont constitué très tôt un obstacle et parmi eux, la ferme de Tournizet (51-com. Reims-la-Brûlée) dont les terres jouxtaient celles des cisterciennes. Comme le montre la bulle du pape Grégoire IX (AD51, 71 H 38), Saint-Jacques a disposé dès 1236 de trois granges : le Bois de Roimont, Guyon et Laval. Toutes trois ont disparu sans laisser de traces et il ne sera possible de les localiser précisément qu’à l’issue d’une étude minutieuse et approfondie du chartrier. Quelques indices autorisent néanmoins des avancées. À en croire l’inventaire sommaire des archives départementales (G. Dumas, s.d., p. 29), Guyon et Laval auraient été situées à Perthes (52). Cette hypothèse est d’autant moins vraisemblable qu’elle résulte d’une lecture doublement fautive de la bulle de 1236 : les deux granges se suivent dans l’énumération mais seule la seconde (Laval) est dite "iuxta nemus de Perta" ; rien ne permet donc d’insinuer que cette précision se rapporte aussi à la première. Par ailleurs, l’identification de Perta avec Perthes est bien trop commode et paresseuse pour ne pas être suspecte car aucun bien de l’abbaye n’est recensé sur ce territoire, pas même à l’époque moderne (État général des biens et revenus de l’abbaye Saint-Jacques-lès-Vitry de novembre 1717, AD51, 71H3bis). En effet, à l’exception du pôle dervois de Larzicourt, où était située la grange du Bois de Roimont, l’essentiel du temporel de Saint-Jacques était en fait concentré dans un rayon de moins de 10 km, en particulier entre Vitry-en-Perthois et Loisy-sur-Marne, soit autour de Couvrot, Villers-sur-Marne et Vaux, localité détruite à la confluence de la Saulx et de la Marne. De fortes présomptions plaident en faveur d’une localisation à la limite des territoires de Vitry et de Couvrot. Présomption topographique tout d’abord, car un bois de la Perthe a bel et bien existé au nord-ouest du territoire ; non seulement le cadastre en a gardé la mémoire (AD51, 3P1379/6 et /5, sections Cu et B2, 1825) mais ce bois existait encore au moment des levés de l’atlas de Trudaine au milieu du XVIIIe siècle puisqu’il est nommément représenté sur la planche 15 de la route de Châlons à Saint-Dizier (AN, CP/F/14/8474), entre les monts de Fourche et des Crochots. La grange de Laval était dite à côté de ce bois, mais on ne retiendra pas les terres situées immédiatement à l’est car, significativement dénommées Monts Saint-Ladre (bêtement altéré en St-Lade sur IGN), elles témoignent sans doute d’une ancienne propriété de maladrerie Saint-Lazare de Vitry, établie comme il devait hors les murs à la porte homonyme (St-Ladre). Elle devait donc se trouver à l’ouest vers Couvrot ou au sud sur le rebord du plateau crayeux, voire au pied de ce dernier en bordure de la Saulx, où l’ancien village de Vaux existait et où Saint-Jacques avait encore une ferme avant la Révolution. Il y aurait là un autre argument de localisation, toponymique cette fois, qui tendrait à rapprocher Laval de Vaux, sans qu’il soit raisonnable d’aller plus loin faute d’éléments complémentaires. Le site de l’autre grange, Guyon (ou Guion), ne bénéficie à ce stade d’aucun indice. D’après M. Coulmy et G. Gaillet ("Abbaye royale Saint-Jacques de Vitry-en-Perthois", communication présentée à la Société des Sciences et Arts de Vitry-le-François, s. d., p. IV), après le pillage et l’incendie de 1420, « les religieuses se retirèrent dans leur grange de Guion qui se situait hors de l’enceinte de Vitry-en-Perthois, en direction du sud à un quart de lieue, dans une plaine fort agréable ». Les auteurs ne citent malheureusement pas précisément leur source. En suivant cet avis tout à fait vraisemblable, Guyon serait donc le site actuel de Saint-Jacques, et serait devenue par conséquent la nouvelle ferme abbatiale. La troisième grange, dite grangiam nemoris de Roinnont (transcrit en Roimont par A. Kwanten), aurait été située quant à elle au territoire de Larzicourt (51), soit à une douzaine de kilomètres au sud-ouest de Vitry, où l’abbaye a eu plusieurs biens, groupés au XVIe siècle autour de la ferme du Petit Saint-Jacques. Située au sud du bois l’Abbesse entre Arrigny et Chantecoq, sur l’ancien territoire de Larzicourt (avant les modifications de 1883, cf. AD51, 3P1031/1/11, section F1), cette ferme occupait une clairière ouvrant sur le finage de Chantecoq, avant d’être rasée lors de la construction de la digue ouest du lac du Der en 1972. Elle était peut-être un héritage de l’ancienne grange du Bois de Roimont, sinon la grange elle-même, rebaptisée ? En dehors de Vitry même, où plusieurs maisons sont relevées (rentes surtout) dont l’une, véritable cellier avec vignes et pressoir, Saint-Jacques eut logiquement un pied-à-terre urbain à Châlons, siège du ressort épiscopal. Tous les autres domaines plus secondaires et souvent issus d’acquisitions modernes (reconstitution du temporel post-conflits) étaient proches de l’abbaye, parmi lesquelles les fermes de Verzet (don de terres en 1271), Heiltz-l’Évêque, Plichancourt, Loisy et Villers-sur-Marne. On est donc en présence d’un temporel de proximité, assez consistant pour un monastère de moniales. Un petit recueil de plans de parcelles (terres, prés, vigne, AD51, 71H22), dont beaucoup étaient situées autour de l’abbaye, donne une idée de sa composition en 1767. Un second recueil contemporain (AD51, 71H17, vers 1769) regroupe les plans d’une trentaine de parcelles situées, elles, autour d’Hallignicourt (51), Moëslains, Hoëricourt et Allichamps (52). Il ne faut pas s'y tromper, Saint-Jacques n’a pas eu de biens vers Saint-Dizier ; ce patrimoine provient exclusivement de l’abbaye Notre-Dame de Saint-Dizier, qui l'apporta lors de son union en 1750 (cf. dossier IA52001062).

L’abbaye a été détruite à plusieurs reprises en particulier pendant les guerres du XVIe siècle, comme la plupart des abbayes de moniales. Le chapitre général diligenta une enquête en 1464 pour redresser la situation du couvent, ainsi qu’en 1507 après plusieurs pillages (A. Kwanten, "L’abbaye Saint-Jacques de Vitry-en-Perthois", SACSAM, 1966, p. 96). L’abbesse obtiendra gain de cause dans sa volonté de restaurer l’abbaye en dépit de l’interdiction royale de reconstruire Vitry-en-Perthois après le grand incendie de 1544 —qui donnera naissance à Vitry-le-François sur la Marne—. Un quart de siècle plus tard, Saint-Jacques fut à nouveau dévastée, par les Huguenots cette fois. Le redressement fut l’affaire des XVIIe et XVIIIe siècles. Parmi les abbesses, on notera Marie de Guise (1573-1602) et Marie-Anne-Thérèse de Napier (1720-1762), surnommée "seconde fondatrice" de l’abbaye, tant ses efforts ont été salués. En 1750, après plusieurs années d’enquête et de tergiversations quant à savoir si l’ordre devait ou non fermer ce couvent, c’est finalement l’abbaye Notre-Dame de Saint-Dizier qui fut supprimée et unie à celle de Saint-Jacques. À la Révolution, l’abbaye comptait encore 18 religieuses, plus l’abbesse Anne de Pourroy (1785-90). Avant d’être vendue pour 127 700 £ à Jacques Salleron, un négociant de Vitry-le-François le 19 décembre 1793 (Kwanten, op. cit., p. 109), l’abbaye Saint-Jacques servit encore d’hôpital de campagne à l’armée révolutionnaire commandée par Kellermann en 1792. Détruite par la suite, il n’en resta que quelques bâtiments ayant fait partie de l’ancienne ferme abbatiale. D’après M. Coulmy et G. Gaillet (op. cit., p. VII), « les hangars et la maison d’habitation [actuels] ont été construits en 1876 à l’endroit de la basse-cour par la famille Chastelain de Thérouanne ».

Éléments d’histoire topographique.

L’abbaye Saint-Jacques de Vitry a connu deux sites successifs, urbain dans un premier temps, rural dans un second.

- L’abbaye dans la ville

Avant d’être convertie en abbaye cistercienne, Saint-Jacques était une maison-Dieu. Signalée au cours du dernier quart du XIIe siècle, on ne sait à quand elle remontait. Elle avait été fondée non pas en milieu rural sur un grand chemin comme Longuay par exemple, mais au cœur de ce qui était alors une ville, héritière du centre politique de l’antique pagus du Perthois. Le contexte topographique de Vitry-en-Perthois est intéressant : le site est dominé par la butte castrale, qui profitait de la Saulx (gonflée de l’Ornain) à l’ouest et au sud pour renforcer sa défense naturelle. L’ancien château comtal, qui en occupait toute la surface sommitale, disposait d’un donjon au nord, côté le plus vulnérable défendu par un simple fossé (et non plus par la Saulx), laissant au sud l’église collégiale Sainte-Croix, chapitre institué par le comte et confirmé vers 1221. Au pied s’étendait le bourg qui formait deux quartiers : le bourg "castral" immédiatement en contrebas tout d’abord, avec son église paroissiale Saint-Memmie, sa juiverie et ses moulins, contrôlés par le comte. La ville s’était agrandie vers l’ouest, entre versant et rivière, pour constituer un second quartier nommé la Gravière, ceint de fossés. La maison-Dieu de Saint-Jacques, logiquement construite hors du bourg castral à l’origine, se trouva alors englobé dans cette extension dont la vocation commerciale s’est vite affirmée : la halle en occupa le centre. En prenant appui sur les faubourgs qui s’étaient constitués le long des chemins de Ponthion, Saint-Dizier et de Troyes, l’agglomération atteignit la rive opposée de la Saulx, où se développa le Rachat, un troisième quartier plus vaste que les précédents en raison de l’absence de contraintes topographiques mais délimité de la même manière par des fossés, tirés cette fois de la Bruxenelle qui le bordait au nord. L’église Notre-Dame fut élevée en son centre cf. p. 86). C’est là que les trinitaires s’installèrent vers 1225-31. En plus des fossés en eau, l’ensemble de la ville était protégé par une enceinte composée de remparts ou de levées de terres, percée de cinq portes, dont l’une, sur la voie du sud, prit le nom de la maladrerie Saint-Lazare ou Saint-Ladre, bâtie juste à côté, hors les murs (depuis 1221, d’après E. de Barthélemy).

L’emplacement exact de la maison-Dieu, puis de l’abbaye Saint-Jacques est connu ; c’est aujourd’hui, un petit pâté de maisons reconstruites en brique après la dernière guerre, délimité par les rues du Pont, des Cloyères, Bourbacane et la place de la Croix. Au XIIIe siècle, les moniales ont donc investi un espace restreint entre le pont sur la Saulx et la halle du bourg. La belle "croix" médiévale (XVe s.?), abattue à la Révolution et relevée au XIXe s., au centre de la place homonyme, perpétuerait la mémoire de ce premier site, abandonné après l’incendie de Vitry en 1420. À y regarder de près, les éléments en place de ce monument —la base en particulier– paraissent provenir de l’église Saint-Memmie, dont les contreforts du chevet sont en tout point semblables. Il s’agit n’en pas douter du remploi d’un élément d’architecture, sur lequel aurait été posé en guise de fût un autre élément de type pinacle, à culots et dais sur chaque face, lors de sa remise en place. É. de Barthélemy (Diocèse ancien de Châlons-sur-Marne, II, 1861, p. 90-91) rapporte que « depuis le moment où ce monastère fut reconstruit dehors des murs, chaque abbesse, lors de sa nomination, devait se rendre (…) s’agenouiller au pied de la croix, toucher cette croix et l’orme qui l’ombrageait, en signe de prise de possession ». Sauf peut-être l’hôpital lui-même, l’abbaye Saint-Jacques se transporta dans son second site, hors les murs.

- L’abbaye hors les murs

Les moniales se retirèrent dans leur grange de Guyon (d’après M. Coulmy et G. Gaillet) à quelques centaines de mètres au sud de Vitry, où elles reconstruisirent leur abbaye. L’enclos avait une superficie de 4 ha environ, parfaitement identifiable grâce aux fossés larges et profonds qui l’entouraient, alimentés par le ruisseau du Moulinet, que le cadastre de 1825 figure en totalité (AD51, 3P1379/9, section E1, ill. IVR21_20155100562NUCA). Seuls les fossés sud et ouest ont été comblés à partir des années 1970, le cours du ruisseau empruntant toujours actuellement les parties est et nord. Cet enclos, de la forme d’un haricot, était divisé en deux parties, avec à l’ouest, dès le pont de l’unique entrée, la ferme abbatiale à laquelle faisaient suite des jardins et vergers que traversait une allée rectiligne bordée d’arbres, pour desservir l’abbaye qui occupait la moitié orientale. C’est pour le moins ce que donnent à comprendre la planche cadastrale et la carte d’État-Major (mi XIXe s.). À en croire le plan général de la commune réalisé en 1808 (AD51, 3P673/1), soit une quinzaine d’années après la vente des biens nationaux, l’emplacement de l’abbaye était déjà recouvert de taillis et broussailles. Toujours d’après M. Coulmy et G. Gaillet (op. cit., p. IX-XII), « dans l’enclos se situait la maison abbatiale qui possédait son église, son cimetière, sa maison fermière, ses jardins, champs, prés et vignes, une serre, sa basse-cour (bâtiment qui comprenait écurie, étable, poulailler, remise, laiterie, vendangerie, four à pain). La maison abbatiale [comprendre ici le bâtiment conventuel] était une maison carrée. (…) Le cloître était vitré sur les 4 faces avec un parterre au milieu. Au rez-de-chaussée se trouvait le parloir de l’abbesse, le grand parloir, la salle du chapitre, le réfectoire des religieuses, la grande cuisine, deux chambres d’hôtes avec une salle à manger. Au premier étage, chambres ou cellules des religieuses, deux chambres pour pensionnaires, un grand dortoir, une infirmerie, une porte donnant sur la tribune de l’église où se trouvait l’orgue. À l’étage au-dessus se situait le grenier. Le toit était couvert en tuiles. L’église abbatiale se situait en septentrion de la maison abbatiale, le chœur vers l’est : son entrée donnait dans le cloître de la maison abbatiale par une grande porte de menuiserie ornée de pilastres, corniches et ornements architecturaux, (…) clocher (…), son chœur avait un magnifique parquet avec 30 stalles. L’église possédait deux chapelles, l’une consacrée à saint Éloi, l’autre à saint Clotaire. Leurs reliques auraient été offertes par Thibaut IV ».

Ce descriptif s’inspire en partie du devis estimatif des réparations à apporter aux bâtiments de l’abbaye Saint-Jacques, réalisé par Pierre-Joseph Battelier le 22 octobre 1736 (AD51, 71 H 6). Ce dernier prévoit alors à l’issue de ses observations de « rétablir à neuf le premier plancher du coridor qui est du costé de l’église au septentrion, qui a quatorze toises de longueur et trois de largeur [1 toise = 2 m], au-dessus de l’allée du cloistre, le plancher sera retably avec planches de sapin (…) on fera tout le long en pan de bois d’environ quinze toises de longueur, de toute la hauteur de l’estage (…) il est nécessaire d’attacher des planches autour des poutres qui sont au-dessus des allées du cloître, et comme les poutres panchent, on callera de sorte que les planches que l’on attachera soient de niveau, l’on fera la même chose aux poutres qui sont au-dessus des allées du dortoir (…) il convient faire un plafond avec planches de sapin au dortoir des pensionnaires qui a environ huit toises de longueur sur sept à huit pieds de largeur (…) faire un petit escalier pour monter aux greniers dans le coridor du dortoir du costé du midy (…). Rétablir à neuf la cheminée du parloir (…). Derrière la ditte cheminée du costé de la cour, il convient de faire un appentis neuf et charpenté, pour que l’on puis venir à couvert dudit parloir à la porte, qui aura quatre toises de longueur, sept à huit pieds de largeur, auquel il y aura trois poteaux, trois demy fermes de charpente couvert de tuilles plattes, pavé dessous avec pavé de pierre dure et brique, et tous les poteaux bien misé [?] avec pierre dure (…) il convient faire un lambry de menuiserie de bois de chesne au parloir de Madame l’abbesse (…) au parloir de la communauté du costé du cloistre, il est nécessaire d’y faire une porte à placard de menuiserie (…) il convient rétablir touttes les couvertures du corps de logis au-dessus du dortoir, des couroires et chambres des dames, le pavillon de l’infirmerie et des pensionnaires et principallement tous les costés exposés au midy et couchant, lesdittes couvertures sont simplement construite avec eschaveillons sur les chevrons et la tuile passée dessus, ce qui cause que les neiges et pluyes passent à travers et tombent dans les chambres des dames et pourrissent le bois et corrompent les murs qui ne sont en partie que de craye ; (…) qu’il était nécessaire de reblanchir l’église et réparer le blanchy du coeur et le verny des lambrys et steaux des dames de même qu’ils ont été blanchis et vernis la première fois et comme aussy de blanchir les murs et pans de bois du cloistre et dortoires et les chambres des dames d’un beau blanc (…). À l’entrée à la première cour de laditte abbaye, il y a un pont de bois sictué sur les fossés qui a près de cinq toises de longueur sur deux toises de largeur, composé de deux cullées et trois travées, qui est prêt à tomber de vétusté (…) ; au couchant le long du ruisseau, mur des écuries et chambres en torchis sont à refaire ». 200 toises de hourdis étaient prévus pour le pan de bois. L’ensemble fut estimé à 7788 £. Bien que l’organisation des bâtiments et leur localisation précise ne soient pas restituables, on peut tout de même retenir quelques informations de cette visite : l’église était au nord, laissant le carré conventuel se développer au sud. Trois "pavillons" (ailes ?) semblent se dégager : celui de l’infirmerie et des pensionnaires, avec dortoir à l’étage comme celui de la communauté (ou des Dames), et celui de l’abbesse. Une place importante est réservée aux parloirs, signe des temps. Le cloître, carré, était en pan de bois mais la craie est privilégiée comme matériau de base pour les murs, d’où la fragilité du bâti en un milieu aussi humide.

Il ne reste rien de cet ensemble, que la ferme reconstruite en 1876 à l’endroit de la basse-cour (ill. IVR21_20155100560NUCA). Si le cadastre n’indique que trois bâtiments en 1825, on en comptait le double un siècle plus tard et cela jusqu’à la fin des années 1980. Les autres sont tombés en ruines depuis. À droite dès l’entrée se situe l’habitation actuelle, long bâtiment de craie de 43 m de long sur 6 de large, qui aurait été édifiée sur l’ancienne aile des écuries (ill. IVR21_20155100563NUCA et ill. IVR21_20155100560NUCA). Le bâtiment de gauche en revanche, bien que lui aussi reconstruit et transformé en hangar agricole, a conservé des éléments plus anciens, notamment un voûtement de craie en plein cintre (avec chaînage de grès ?). L’ancien espace abbatial est aujourd’hui cultivé, champ archéologique potentiel.

Genre de cisterciennes
Vocables Saint-Jacques
Appellations Saint-Jacques
Destinations maladrerie, abbaye, ferme
Parties constituantes non étudiées ferme
Dénominations abbaye
Aire d'étude et canton Vitry-le-François
Adresse Commune : Vitry-en-Perthois
Lieu-dit : Ferme de Saint-Jacques
Cadastre : 1982 E1 159

À l’origine, Saint-Jacques de Vitry fut une maison-Dieu, établissement hospitalier attesté en 1179, tenu par des frères de l’ordre de saint Augustin, puis des sœurs hospitalières, et consacré à l’accueil des pauvres, des lépreux et des pèlerins, notamment de Compostelle (d’où son nom vraisemblablement). Comme l’Amour-Dieu (51- com. Troissy), elle fut transformée en abbaye de moniales cisterciennes placée dans la filiation de Clairvaux en 1234 par le comte de Champagne Thibaut IV, qui perpétuait là encore les pieuses libéralités de sa mère Blanche de Navarre. L’évêque de Châlons et l’abbaye Saint-Pierre-aux-Monts donnèrent leur accord pour cette fondation. On ne sait de quelle abbaye mère sont alors venues les moniales. Les débuts de l’abbaye sont intimement liés au bourg de Vitry, dans lequel se situait l’hôpital Saint-Jacques. Ce n’est donc qu’à la suite de l’incendie du bourg en 1420 que l’abbaye a été transférée sur le site de la ferme Saint-Jacques (ill. IVR21_20155100560NUCA).

Le temporel, non négligeable, s’étendait de part et d’autre du Perthois, au nord dans les vallées de la Saulx et de la Marne, et au sud dans le Der (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155100561NUCA). À cette époque, la plaine d’entre Marne et Saulx était déjà très maîtrisée par les abbayes de la région, notamment Cheminon, Trois-Fontaines, Haute-Fontaine et les nombreux prieurés bénédictins établis de longue date. Saint-Jacques fut concurrencée à Vitry même par les trinitaires, implantés en rive gauche vers 1231 : leurs domaines ont constitué très tôt un obstacle et parmi eux, la ferme de Tournizet (51-com. Reims-la-Brûlée) dont les terres jouxtaient celles des cisterciennes. Comme le montre la bulle du pape Grégoire IX (AD51, 71 H 38), Saint-Jacques a disposé dès 1236 de trois granges : le Bois de Roimont, Guyon et Laval. Toutes trois ont disparu sans laisser de traces et il ne sera possible de les localiser précisément qu’à l’issue d’une étude minutieuse et approfondie du chartrier. Quelques indices autorisent néanmoins des avancées. À en croire l’inventaire sommaire des archives départementales (G. Dumas, s.d., p. 29), Guyon et Laval auraient été situées à Perthes (52). Cette hypothèse est d’autant moins vraisemblable qu’elle résulte d’une lecture doublement fautive de la bulle de 1236 : les deux granges se suivent dans l’énumération mais seule la seconde (Laval) est dite "iuxta nemus de Perta" ; rien ne permet donc d’insinuer que cette précision se rapporte aussi à la première. Par ailleurs, l’identification de Perta avec Perthes est bien trop commode et paresseuse pour ne pas être suspecte car aucun bien de l’abbaye n’est recensé sur ce territoire, pas même à l’époque moderne (État général des biens et revenus de l’abbaye Saint-Jacques-lès-Vitry de novembre 1717, AD51, 71H3bis). En effet, à l’exception du pôle dervois de Larzicourt, où était située la grange du Bois de Roimont, l’essentiel du temporel de Saint-Jacques était en fait concentré dans un rayon de moins de 10 km, en particulier entre Vitry-en-Perthois et Loisy-sur-Marne, soit autour de Couvrot, Villers-sur-Marne et Vaux, localité détruite à la confluence de la Saulx et de la Marne. De fortes présomptions plaident en faveur d’une localisation à la limite des territoires de Vitry et de Couvrot. Présomption topographique tout d’abord, car un bois de la Perthe a bel et bien existé au nord-ouest du territoire ; non seulement le cadastre en a gardé la mémoire (AD51, 3P1379/6 et /5, sections Cu et B2, 1825) mais ce bois existait encore au moment des levés de l’atlas de Trudaine au milieu du XVIIIe siècle puisqu’il est nommément représenté sur la planche 15 de la route de Châlons à Saint-Dizier (AN, CP/F/14/8474), entre les monts de Fourche et des Crochots. La grange de Laval était dite à côté de ce bois, mais on ne retiendra pas les terres situées immédiatement à l’est car, significativement dénommées Monts Saint-Ladre (bêtement altéré en St-Lade sur IGN), elles témoignent sans doute d’une ancienne propriété de maladrerie Saint-Lazare de Vitry, établie comme il devait hors les murs à la porte homonyme (St-Ladre). Elle devait donc se trouver à l’ouest vers Couvrot ou au sud sur le rebord du plateau crayeux, voire au pied de ce dernier en bordure de la Saulx, où l’ancien village de Vaux existait et où Saint-Jacques avait encore une ferme avant la Révolution. Il y aurait là un autre argument de localisation, toponymique cette fois, qui tendrait à rapprocher Laval de Vaux, sans qu’il soit raisonnable d’aller plus loin faute d’éléments complémentaires. Le site de l’autre grange, Guyon (ou Guion), ne bénéficie à ce stade d’aucun indice. D’après M. Coulmy et G. Gaillet ("Abbaye royale Saint-Jacques de Vitry-en-Perthois", communication présentée à la Société des Sciences et Arts de Vitry-le-François, s. d., p. IV), après le pillage et l’incendie de 1420, « les religieuses se retirèrent dans leur grange de Guion qui se situait hors de l’enceinte de Vitry-en-Perthois, en direction du sud à un quart de lieue, dans une plaine fort agréable ». Les auteurs ne citent malheureusement pas précisément leur source. En suivant cet avis tout à fait vraisemblable, Guyon serait donc le site actuel de Saint-Jacques, et serait devenue par conséquent la nouvelle ferme abbatiale. La troisième grange, dite grangiam nemoris de Roinnont (transcrit en Roimont par A. Kwanten), aurait été située quant à elle au territoire de Larzicourt (51), soit à une douzaine de kilomètres au sud-ouest de Vitry, où l’abbaye a eu plusieurs biens, groupés au XVIe siècle autour de la ferme du Petit Saint-Jacques. Située au sud du bois l’Abbesse entre Arrigny et Chantecoq, sur l’ancien territoire de Larzicourt (avant les modifications de 1883, cf. AD51, 3P1031/1/11, section F1), cette ferme occupait une clairière ouvrant sur le finage de Chantecoq, avant d’être rasée lors de la construction de la digue ouest du lac du Der en 1972. Elle était peut-être un héritage de l’ancienne grange du Bois de Roimont, sinon la grange elle-même, rebaptisée ? En dehors de Vitry même, où plusieurs maisons sont relevées (rentes surtout) dont l’une, véritable cellier avec vignes et pressoir, Saint-Jacques eut logiquement un pied-à-terre urbain à Châlons, siège du ressort épiscopal. Tous les autres domaines plus secondaires et souvent issus d’acquisitions modernes (reconstitution du temporel post-conflits) étaient proches de l’abbaye, parmi lesquelles les fermes de Verzet (don de terres en 1271), Heiltz-l’Évêque, Plichancourt, Loisy et Villers-sur-Marne. On est donc en présence d’un temporel de proximité, assez consistant pour un monastère de moniales. Un petit recueil de plans de parcelles (terres, prés, vigne, AD51, 71H22), dont beaucoup étaient situées autour de l’abbaye, donne une idée de sa composition en 1767. Un second recueil contemporain (AD51, 71H17, vers 1769) regroupe les plans d’une trentaine de parcelles situées, elles, autour d’Hallignicourt (51), Moëslains, Hoëricourt et Allichamps (52). Il ne faut pas s'y tromper, Saint-Jacques n’a pas eu de biens vers Saint-Dizier ; ce patrimoine provient exclusivement de l’abbaye Notre-Dame de Saint-Dizier, qui l'apporta lors de son union en 1750 (cf. dossier IA52001062).

L’abbaye a été détruite à plusieurs reprises en particulier pendant les guerres du XVIe siècle, comme la plupart des abbayes de moniales. Le chapitre général diligenta une enquête en 1464 pour redresser la situation du couvent, ainsi qu’en 1507 après plusieurs pillages (A. Kwanten, "L’abbaye Saint-Jacques de Vitry-en-Perthois", SACSAM, 1966, p. 96). L’abbesse obtiendra gain de cause dans sa volonté de restaurer l’abbaye en dépit de l’interdiction royale de reconstruire Vitry-en-Perthois après le grand incendie de 1544 —qui donnera naissance à Vitry-le-François sur la Marne—. Un quart de siècle plus tard, Saint-Jacques fut à nouveau dévastée, par les Huguenots cette fois. Le redressement fut l’affaire des XVIIe et XVIIIe siècles. Parmi les abbesses, on notera Marie de Guise (1573-1602) et Marie-Anne-Thérèse de Napier (1720-1762), surnommée "seconde fondatrice" de l’abbaye, tant ses efforts ont été salués. En 1750, après plusieurs années d’enquête et de tergiversations quant à savoir si l’ordre devait ou non fermer ce couvent, c’est finalement l’abbaye Notre-Dame de Saint-Dizier qui fut supprimée et unie à celle de Saint-Jacques. À la Révolution, l’abbaye comptait encore 18 religieuses, plus l’abbesse Anne de Pourroy (1785-90). Avant d’être vendue pour 127 700 £ à Jacques Salleron, un négociant de Vitry-le-François le 19 décembre 1793 (Kwanten, op. cit., p. 109), l’abbaye Saint-Jacques servit encore d’hôpital de campagne à l’armée révolutionnaire commandée par Kellermann en 1792. Détruite par la suite, il n’en resta que quelques bâtiments ayant fait partie de l’ancienne ferme abbatiale. D’après M. Coulmy et G. Gaillet (op. cit., p. VII), « les hangars et la maison d’habitation [actuels] ont été construits en 1876 à l’endroit de la basse-cour par la famille Chastelain de Thérouanne ».

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle , (?)

Éléments d’histoire topographique.

L’abbaye Saint-Jacques de Vitry a connu deux sites successifs, urbain dans un premier temps, rural dans un second.

- L’abbaye dans la ville

Avant d’être convertie en abbaye cistercienne, Saint-Jacques était une maison-Dieu. Signalée au cours du dernier quart du XIIe siècle, on ne sait à quand elle remontait. Elle avait été fondée non pas en milieu rural sur un grand chemin comme Longuay par exemple, mais au cœur de ce qui était alors une ville, héritière du centre politique de l’antique pagus du Perthois. Le contexte topographique de Vitry-en-Perthois est intéressant : le site est dominé par la butte castrale, qui profitait de la Saulx (gonflée de l’Ornain) à l’ouest et au sud pour renforcer sa défense naturelle. L’ancien château comtal, qui en occupait toute la surface sommitale, disposait d’un donjon au nord, côté le plus vulnérable défendu par un simple fossé (et non plus par la Saulx), laissant au sud l’église collégiale Sainte-Croix, chapitre institué par le comte et confirmé vers 1221. Au pied s’étendait le bourg qui formait deux quartiers : le bourg "castral" immédiatement en contrebas tout d’abord, avec son église paroissiale Saint-Memmie, sa juiverie et ses moulins, contrôlés par le comte. La ville s’était agrandie vers l’ouest, entre versant et rivière, pour constituer un second quartier nommé la Gravière, ceint de fossés. La maison-Dieu de Saint-Jacques, logiquement construite hors du bourg castral à l’origine, se trouva alors englobé dans cette extension dont la vocation commerciale s’est vite affirmée : la halle en occupa le centre. En prenant appui sur les faubourgs qui s’étaient constitués le long des chemins de Ponthion, Saint-Dizier et de Troyes, l’agglomération atteignit la rive opposée de la Saulx, où se développa le Rachat, un troisième quartier plus vaste que les précédents en raison de l’absence de contraintes topographiques mais délimité de la même manière par des fossés, tirés cette fois de la Bruxenelle qui le bordait au nord. L’église Notre-Dame fut élevée en son centre cf. p. 86). C’est là que les trinitaires s’installèrent vers 1225-31. En plus des fossés en eau, l’ensemble de la ville était protégé par une enceinte composée de remparts ou de levées de terres, percée de cinq portes, dont l’une, sur la voie du sud, prit le nom de la maladrerie Saint-Lazare ou Saint-Ladre, bâtie juste à côté, hors les murs (depuis 1221, d’après E. de Barthélemy).

L’emplacement exact de la maison-Dieu, puis de l’abbaye Saint-Jacques est connu ; c’est aujourd’hui, un petit pâté de maisons reconstruites en brique après la dernière guerre, délimité par les rues du Pont, des Cloyères, Bourbacane et la place de la Croix. Au XIIIe siècle, les moniales ont donc investi un espace restreint entre le pont sur la Saulx et la halle du bourg. La belle "croix" médiévale (XVe s.?), abattue à la Révolution et relevée au XIXe s., au centre de la place homonyme, perpétuerait la mémoire de ce premier site, abandonné après l’incendie de Vitry en 1420. À y regarder de près, les éléments en place de ce monument —la base en particulier– paraissent provenir de l’église Saint-Memmie, dont les contreforts du chevet sont en tout point semblables. Il s’agit n’en pas douter du remploi d’un élément d’architecture, sur lequel aurait été posé en guise de fût un autre élément de type pinacle, à culots et dais sur chaque face, lors de sa remise en place. É. de Barthélemy (Diocèse ancien de Châlons-sur-Marne, II, 1861, p. 90-91) rapporte que « depuis le moment où ce monastère fut reconstruit dehors des murs, chaque abbesse, lors de sa nomination, devait se rendre (…) s’agenouiller au pied de la croix, toucher cette croix et l’orme qui l’ombrageait, en signe de prise de possession ». Sauf peut-être l’hôpital lui-même, l’abbaye Saint-Jacques se transporta dans son second site, hors les murs.

- L’abbaye hors les murs

Les moniales se retirèrent dans leur grange de Guyon (d’après M. Coulmy et G. Gaillet) à quelques centaines de mètres au sud de Vitry, où elles reconstruisirent leur abbaye. L’enclos avait une superficie de 4 ha environ, parfaitement identifiable grâce aux fossés larges et profonds qui l’entouraient, alimentés par le ruisseau du Moulinet, que le cadastre de 1825 figure en totalité (AD51, 3P1379/9, section E1, ill. IVR21_20155100562NUCA). Seuls les fossés sud et ouest ont été comblés à partir des années 1970, le cours du ruisseau empruntant toujours actuellement les parties est et nord. Cet enclos, de la forme d’un haricot, était divisé en deux parties, avec à l’ouest, dès le pont de l’unique entrée, la ferme abbatiale à laquelle faisaient suite des jardins et vergers que traversait une allée rectiligne bordée d’arbres, pour desservir l’abbaye qui occupait la moitié orientale. C’est pour le moins ce que donnent à comprendre la planche cadastrale et la carte d’État-Major (mi XIXe s.). À en croire le plan général de la commune réalisé en 1808 (AD51, 3P673/1), soit une quinzaine d’années après la vente des biens nationaux, l’emplacement de l’abbaye était déjà recouvert de taillis et broussailles. Toujours d’après M. Coulmy et G. Gaillet (op. cit., p. IX-XII), « dans l’enclos se situait la maison abbatiale qui possédait son église, son cimetière, sa maison fermière, ses jardins, champs, prés et vignes, une serre, sa basse-cour (bâtiment qui comprenait écurie, étable, poulailler, remise, laiterie, vendangerie, four à pain). La maison abbatiale [comprendre ici le bâtiment conventuel] était une maison carrée. (…) Le cloître était vitré sur les 4 faces avec un parterre au milieu. Au rez-de-chaussée se trouvait le parloir de l’abbesse, le grand parloir, la salle du chapitre, le réfectoire des religieuses, la grande cuisine, deux chambres d’hôtes avec une salle à manger. Au premier étage, chambres ou cellules des religieuses, deux chambres pour pensionnaires, un grand dortoir, une infirmerie, une porte donnant sur la tribune de l’église où se trouvait l’orgue. À l’étage au-dessus se situait le grenier. Le toit était couvert en tuiles. L’église abbatiale se situait en septentrion de la maison abbatiale, le chœur vers l’est : son entrée donnait dans le cloître de la maison abbatiale par une grande porte de menuiserie ornée de pilastres, corniches et ornements architecturaux, (…) clocher (…), son chœur avait un magnifique parquet avec 30 stalles. L’église possédait deux chapelles, l’une consacrée à saint Éloi, l’autre à saint Clotaire. Leurs reliques auraient été offertes par Thibaut IV ».

Ce descriptif s’inspire en partie du devis estimatif des réparations à apporter aux bâtiments de l’abbaye Saint-Jacques, réalisé par Pierre-Joseph Battelier le 22 octobre 1736 (AD51, 71 H 6). Ce dernier prévoit alors à l’issue de ses observations de « rétablir à neuf le premier plancher du coridor qui est du costé de l’église au septentrion, qui a quatorze toises de longueur et trois de largeur [1 toise = 2 m], au-dessus de l’allée du cloistre, le plancher sera retably avec planches de sapin (…) on fera tout le long en pan de bois d’environ quinze toises de longueur, de toute la hauteur de l’estage (…) il est nécessaire d’attacher des planches autour des poutres qui sont au-dessus des allées du cloître, et comme les poutres panchent, on callera de sorte que les planches que l’on attachera soient de niveau, l’on fera la même chose aux poutres qui sont au-dessus des allées du dortoir (…) il convient faire un plafond avec planches de sapin au dortoir des pensionnaires qui a environ huit toises de longueur sur sept à huit pieds de largeur (…) faire un petit escalier pour monter aux greniers dans le coridor du dortoir du costé du midy (…). Rétablir à neuf la cheminée du parloir (…). Derrière la ditte cheminée du costé de la cour, il convient de faire un appentis neuf et charpenté, pour que l’on puis venir à couvert dudit parloir à la porte, qui aura quatre toises de longueur, sept à huit pieds de largeur, auquel il y aura trois poteaux, trois demy fermes de charpente couvert de tuilles plattes, pavé dessous avec pavé de pierre dure et brique, et tous les poteaux bien misé [?] avec pierre dure (…) il convient faire un lambry de menuiserie de bois de chesne au parloir de Madame l’abbesse (…) au parloir de la communauté du costé du cloistre, il est nécessaire d’y faire une porte à placard de menuiserie (…) il convient rétablir touttes les couvertures du corps de logis au-dessus du dortoir, des couroires et chambres des dames, le pavillon de l’infirmerie et des pensionnaires et principallement tous les costés exposés au midy et couchant, lesdittes couvertures sont simplement construite avec eschaveillons sur les chevrons et la tuile passée dessus, ce qui cause que les neiges et pluyes passent à travers et tombent dans les chambres des dames et pourrissent le bois et corrompent les murs qui ne sont en partie que de craye ; (…) qu’il était nécessaire de reblanchir l’église et réparer le blanchy du coeur et le verny des lambrys et steaux des dames de même qu’ils ont été blanchis et vernis la première fois et comme aussy de blanchir les murs et pans de bois du cloistre et dortoires et les chambres des dames d’un beau blanc (…). À l’entrée à la première cour de laditte abbaye, il y a un pont de bois sictué sur les fossés qui a près de cinq toises de longueur sur deux toises de largeur, composé de deux cullées et trois travées, qui est prêt à tomber de vétusté (…) ; au couchant le long du ruisseau, mur des écuries et chambres en torchis sont à refaire ». 200 toises de hourdis étaient prévus pour le pan de bois. L’ensemble fut estimé à 7788 £. Bien que l’organisation des bâtiments et leur localisation précise ne soient pas restituables, on peut tout de même retenir quelques informations de cette visite : l’église était au nord, laissant le carré conventuel se développer au sud. Trois "pavillons" (ailes ?) semblent se dégager : celui de l’infirmerie et des pensionnaires, avec dortoir à l’étage comme celui de la communauté (ou des Dames), et celui de l’abbesse. Une place importante est réservée aux parloirs, signe des temps. Le cloître, carré, était en pan de bois mais la craie est privilégiée comme matériau de base pour les murs, d’où la fragilité du bâti en un milieu aussi humide.

Il ne reste rien de cet ensemble, que la ferme reconstruite en 1876 à l’endroit de la basse-cour (ill. IVR21_20155100560NUCA). Si le cadastre n’indique que trois bâtiments en 1825, on en comptait le double un siècle plus tard et cela jusqu’à la fin des années 1980. Les autres sont tombés en ruines depuis. À droite dès l’entrée se situe l’habitation actuelle, long bâtiment de craie de 43 m de long sur 6 de large, qui aurait été édifiée sur l’ancienne aile des écuries (ill. IVR21_20155100563NUCA et ill. IVR21_20155100560NUCA). Le bâtiment de gauche en revanche, bien que lui aussi reconstruit et transformé en hangar agricole, a conservé des éléments plus anciens, notamment un voûtement de craie en plein cintre (avec chaînage de grès ?). L’ancien espace abbatial est aujourd’hui cultivé, champ archéologique potentiel.

Murs calcaire moyen appareil
Toit ardoise
Plans plan rectangulaire régulier
Étages rez-de-chaussée, 1 étage carré
Couvertures toit à longs pans croupe
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Bibliographie

    BARTHÉLEMY, Édouard de, Diocèse ancien de Châlons-sur-Marne. Histoire et monuments, Paris, 1861, t. I, p. 177-178 ; t. II, p. 88-89, 91.

    BEAUNIER, dom, Recueil historique, chronologique et topographique des archevechez, evechez, abbayes et prieures de France, t. II, Paris, 1726, p. 596-597

    BOUTON, Jean de la Croix (dir.), Les moniales cisterciennes, Commission pour l'histoire de l'ordre de Cîteaux, ND d’Aiguebelle, Grignan, 4 vol., 1986-1989 (t. I, 1986 ; t. II, 1987 ; t. III, 1988, et t. IV, 1989)

    BROUILLON, Louis, Recherches sur Vitry-en-Perthois, [s.l.], 1927

    CHEVALIER, Ulysse, Répertoire des sources historiques du Moyen Âge. Topo-bibliographie, II, Montbéliard, 1894-99, col. 2713

    COTTINEAU, dom L.-H., Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Mâcon, 1936, II, col. 3411

    COULMY, Monique et et GAILLET, Gérald, "Abbaye royale Saint-Jacques de Vitry-en-Perthois", communication présentée à la Société des Sciences et Arts de Vitry-le-François, s. d.

    DIMIER, Anselme, "La Marne cistercienne", Mélanges Anselme Dimier, t. I, Pupillin, 1987, p. 617-625.

    Gallia christiana, IX (1751) col. 973-975.

    HAGNERELLE, Étude historique sur Vitry-en-Perthois, [s.l.], 1882

    KWANTEN, André, "L'abbaye Saint-Jacques de Vitry-en-Perthois", Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, t. 81, 1966, p. 93-109

    LESTER, Anne E., Creating cistercian nuns. The women's religious Movement and its reform in thirteenth-century Champagne, Cornell University Press, 2011 [Saint-Jacques de Vitry]

    MIGNE, abbé J.-P., Dictionnaire des abbayes et monastères [préface de Maxime de Montrond], Paris 1856, col. 398

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