Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Champigny-Nuisement : ancienne grange de l'Arrivour

Dossier IA10001303 réalisé en 2015

Fiche

La grange de Champigny, dénommée par ailleurs Nuisement dès le XIIIe siècle, a été l'un des principaux centres productifs de l'abbaye de l'Arrivour. Ne faisant pas partie des domaines primitifs, elle n'apparaît qu'au 7e chapitre du cartulaire (AD10, 4H1, f°75v-90v, "de Campiniaco") qui en compte 9. Il s'agit donc d'une grange de seconde génération, comme le souligne à juste titre Charles Higounet ("La grange de Champigny : un terroir cistercien champenois à la fin du Moyen Âge", Cîteaux, 1984, p. 83-91, rééd. Higounet (Ch.), Villes, sociétés et économies médiévales, 1992, p. 509-517), localisée d'ailleurs au-delà du cercle rapproché des premières granges (cf. carte du temporel, IVR21_20151000503). Champigny-Nuisement retient l'attention pour son exemplarité et ce, à plusieurs titres : historique, topo-géographique et architectural.

Les premières transactions à l'origine de la grange remontent à l'an 1176, date à laquelle les comtes de Champagne (Henri le Libéral) et de Brienne (Érard), suscripteurs, rapportent les dons que l'abbaye y reçoit, principalement en terres et droits d'usages en forêt (AD10, 4H1, actes II et III, f°81-82r). Toutefois, il faut attendre 1190 pour rencontrer la première mention de Champigny en tant que grange (AD10, 4H1, acte XIV, f°84v). L'essentiel de son développement ultérieur est consigné dans les 48 autres actes qui lui sont consacrés (non compris l'Incipit, longue pancarte de l'évêque de Troyes (f°78r-82r), ne la concernant pas curieusement). Contrairement à l'immense majorité des granges cisterciennes, Champigny n'est pas isolée puisqu'elle est érigée à 200 m à peine du vieux village, dont elle emprunte le nom. Cette entorse évidente aux statuts de l'ordre ne compromet pas pour autant son existence, loin s'en faut, car les acquisitions foncières porteront sa superficie totale à quelque 430 hectares environ (d'après Ch. Higounet) à la fin du XIVe siècle. Un tel développement, partiellement construit aux dépens d'un finage villageois, n'a pas manqué de soulever maintes contestations. Parmi les riverains lésés, il faut relever le chapitre cathédral de Troyes, à l'origine d'un jugement au sujet de la dîme de la paroisse de Laubressel en 1197 (AD10, 4H1, acte IV, f°82) et aussi l'importante abbaye urbaine de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes qui y exerce alors toute justice. À cet effet, son abbesse, Aalidis, conclut en mai 1248 avec l'Arrivour un accord devant mettre fin à la "discordia super limitationem iusticie de villa de Champigni et iusticie de grangia dictorum Rippatorium que Champigniacus vocatur " (AD10, 4H1, acte XLII, f°90). L'antériorité de cette domination seigneuriale séculière et régulière a eu pour effet de contraindre l'orientation du domaine grangier, du rebord du plateau crayeux au nord-ouest à la plaine humide au sud-est, essentiellement aux dépens de la forêt. Les différentes aptitudes des terroirs exploités a ainsi permis de diversifier activités et ressources, faisant de Champigny un territoire économique stratégique de première importance, dont la grange stricto sensu conservée n'est sans doute que le reflet partiel.

En effet, parmi les bâtiments composant la ferme actuelle de Nuisement, il faut bien sûr remarquer la grange-halle (ill. IVR21_20151000509 et IVR21_20151000510), rare témoin du genre à rapprocher de quelques granges claravalliennes notamment. Cet édifice à pan de bois et brique, aux dimensions somme toute notables (29 X 17 m), présente une structure interne charpentée (simplement équarrie) divisant l'espace en 3 vaisseaux inégaux et 9 travées non cloisonnées. Le vaisseau central, le plus large, affecté à la circulation, communique avec l'extérieur par deux portes cochères dont les linteaux et piédroits ne sont autres que les entraits et piliers sur dés de cette même nef centrale (comblée pour moitié côté champs). Ainsi, si ce n'était la demi-croupe du toit aux pignons, il serait difficile de déceler une éventuelle réduction du nombre de travées. Le toit se caractérise par deux longs pans descendant jusqu'à 2 mètres du sol environ. La datation d'un tel bâtiment est hasardeuse en raison de l'intemporalité de ses matériaux et de leur mise en œuvre. Malgré tout, son volume et sa structure renvoient immanquablement aux specimens médiévaux et modernes connus sans qu'il soit raisonnable d'être plus affirmatif. En face, fermant la cour au nord, se trouve le logis de la grange. Cette bâtisse de craie de plan simple (16 x 12 m), reposant sur une assise de brique (1 m hors sol) afin de l'isoler de l'humidité, est couverte d'un toit à croupes et pourrait remonter au XVIIIe voire au XVIIe siècle dans sa constitution actuelle, un peu à la manière des maisons seigneuriales de Morimond par exemple (ill. IVR21_20151000511. Nombre de remaniements se lisent dans les remplissages de briques que l'on retrouve en guise de chaînage d'angle et surtout autour des ouvertures. Néanmoins, quelques éléments conservés et intégrés au bâtiment sont plus anciens, en particulier les deux contreforts à double larmier qui contiennent le pignon oriental et qui pourraient bien être médiévaux. Une aile prolonge le logis vers l'ouest. Une aile prolonge le logis vers l'ouest. De même apparence que la grange (pan de bois et brique), elle comporte un étage-fenil en combles, éclairé par des lucarnes, auquel on accède par un escalier extérieur, le tout surmontant un rez-de-chaussée subdivisé en remises, granges et étables-écuries (ill. IVR21_20151000512). L'angle sud-ouest de la cour est aujourd'hui fermé par deux hangars métalliques.

Bien que conséquentes, les dimensions de la grange paraissent modérées eu égard aux 400 ha de surface exploitée (le reste en bois). Si l'on se reporte en effet aux plans anciens disponibles, principalement le cadastre de 1832 (ill. IVR21_20151000513), on constate que d'autres bâtiments dont un plus vaste encore que la grange-halle occupaient l'espace derrière la grange (au sud), doublant ainsi la surface bâtie actuelle ! Peut-être faut-il voir là un héritage de l'ancien domaine avant amputations car Champigny-Nuisement a été aliénée à plusieurs reprises : l'abbé de l'Arrivour dut se résoudre à la vendre à l'abbaye de Cîteaux en décembre 1391, pour effacer une lourde dette. Une fois la situation financière assainie, la grange rentra dans son giron mais fut à nouveau vendue à un écuyer d'écurie du roi en 1479, qui la céda à son tour à un marchand de Troyes en 1486 (A. Roserot, Dict. hist. Champ. mérid., p. 1053-4). À cette date mention est faite de la chapelle dans le procès-verbal de la vente. Morcelée par divers héritages, les moines finirent néanmoins par récupérer une partie de la grange au cours du XVIe siècle. Cette dernière n'en demeura pas moins définitivement démembrée, ce qui permit parallèlement la constitution d'une seigneurie laïque. Le domaine monastique quant à lui subsista jusqu'à la Révolution, au titre de la mense conventuelle.

Genre de cisterciens
Appellations Ferme de Nuisement, Ferme de Champigny
Destinations grange monastique, ferme
Parties constituantes non étudiées maison, grange, remise agricole, hangar agricole
Dénominations grange monastique
Aire d'étude et canton Lusigny-sur-Barse
Adresse Commune : Laubressel
Lieu-dit : Nuisement
Cadastre : 2015 AB01 65-66

La grange de Champigny, dénommée par ailleurs Nuisement dès le XIIIe siècle, a été l'un des principaux centres productifs de l'abbaye de l'Arrivour. Ne faisant pas partie des domaines primitifs, elle n'apparaît qu'au 7e chapitre du cartulaire (AD10, 4H1, f°75v-90v, "de Campiniaco") qui en compte 9. Il s'agit donc d'une grange de seconde génération, comme le souligne à juste titre Charles Higounet ("La grange de Champigny : un terroir cistercien champenois à la fin du Moyen Âge", Cîteaux, 1984, p. 83-91, rééd. Higounet (Ch.), Villes, sociétés et économies médiévales, 1992, p. 509-517), localisée d'ailleurs au-delà du cercle rapproché des premières granges (cf. carte du temporel, IVR21_20151000503). Champigny-Nuisement retient l'attention pour son exemplarité et ce, à plusieurs titres : historique, topo-géographique et architectural.

Les premières transactions à l'origine de la grange remontent à l'an 1176, date à laquelle les comtes de Champagne (Henri le Libéral) et de Brienne (Érard), suscripteurs, rapportent les dons que l'abbaye y reçoit, principalement en terres et droits d'usages en forêt (AD10, 4H1, actes II et III, f°81-82r). Toutefois, il faut attendre 1190 pour rencontrer la première mention de Champigny en tant que grange (AD10, 4H1, acte XIV, f°84v). L'essentiel de son développement ultérieur est consigné dans les 48 autres actes qui lui sont consacrés (non compris l'Incipit, longue pancarte de l'évêque de Troyes (f°78r-82r), ne la concernant pas curieusement). Contrairement à l'immense majorité des granges cisterciennes, Champigny n'est pas isolée puisqu'elle est érigée à 200 m à peine du vieux village, dont elle emprunte le nom. Cette entorse évidente aux statuts de l'ordre ne compromet pas pour autant son existence, loin s'en faut, car les acquisitions foncières porteront sa superficie totale à quelque 430 hectares environ (d'après Ch. Higounet) à la fin du XIVe siècle. Un tel développement, partiellement construit aux dépens d'un finage villageois, n'a pas manqué de soulever maintes contestations. Parmi les riverains lésés, il faut relever le chapitre cathédral de Troyes, à l'origine d'un jugement au sujet de la dîme de la paroisse de Laubressel en 1197 (AD10, 4H1, acte IV, f°82) et aussi l'importante abbaye urbaine de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes qui y exerce alors toute justice. À cet effet, son abbesse, Aalidis, conclut en mai 1248 avec l'Arrivour un accord devant mettre fin à la "discordia super limitationem iusticie de villa de Champigni et iusticie de grangia dictorum Rippatorium que Champigniacus vocatur " (AD10, 4H1, acte XLII, f°90). L'antériorité de cette domination seigneuriale séculière et régulière a eu pour effet de contraindre l'orientation du domaine grangier, du rebord du plateau crayeux au nord-ouest à la plaine humide au sud-est, essentiellement aux dépens de la forêt. Les différentes aptitudes des terroirs exploités a ainsi permis de diversifier activités et ressources, faisant de Champigny un territoire économique stratégique de première importance, dont la grange stricto sensu conservée n'est sans doute que le reflet partiel.

Bien que conséquentes, les dimensions de la grange paraissent modérées eu égard aux 400 ha de surface exploitée (le reste en bois). Si l'on se reporte en effet aux plans anciens disponibles, principalement le cadastre de 1832 (ill. IVR21_20151000513), on constate que d'autres bâtiments dont un plus vaste encore que la grange-halle occupaient l'espace derrière la grange (au sud), doublant ainsi la surface bâtie actuelle ! Peut-être faut-il voir là un héritage de l'ancien domaine avant amputations car Champigny-Nuisement a été aliénée à plusieurs reprises : l'abbé de l'Arrivour dut se résoudre à la vendre à l'abbaye de Cîteaux en décembre 1391, pour effacer une lourde dette. Une fois la situation financière assainie, la grange rentra dans son giron mais fut à nouveau vendue à un écuyer d'écurie du roi en 1479, qui la céda à son tour à un marchand de Troyes en 1486 (A. Roserot, Dict. hist. Champ. mérid., p. 1053-4). À cette date mention est faite de la chapelle dans le procès-verbal de la vente. Morcelée par divers héritages, les moines finirent néanmoins par récupérer une partie de la grange au cours du XVIe siècle. Cette dernière n'en demeura pas moins définitivement démembrée, ce qui permit parallèlement la constitution d'une seigneurie laïque. Le domaine monastique quant à lui subsista jusqu'à la Révolution, au titre de la mense conventuelle.

Période(s) Principale : Moyen Age, 18e siècle , (?)

Exploitation agricole composée de 6 bâtiments : une grange-halle à pan de bois et brique, au long toit de tuile plate à demi croupes ; un logis bâti en craie et brique ; l'aile agricole à pan de bois et remplissage de brique ; un petit bâtiment-remise en retrait de la cour, à pan de bois ; 2 hangars métalliques contemporains qui ferment aujourd'hui l'angle sud-ouest de la cour.

Parmi les bâtiments composant la ferme actuelle de Nuisement, il faut bien sûr remarquer la grange-halle (ill. IVR21_20151000509 et IVR21_20151000510), rare témoin du genre à rapprocher de quelques granges claravalliennes notamment. Cet édifice à pan de bois et brique, aux dimensions somme toute notables (29 X 17 m), présente une structure interne charpentée (simplement équarrie) divisant l'espace en 3 vaisseaux inégaux et 9 travées non cloisonnées. Le vaisseau central, le plus large, affecté à la circulation, communique avec l'extérieur par deux portes cochères dont les linteaux et piédroits ne sont autres que les entraits et piliers sur dés de cette même nef centrale (comblée pour moitié côté champs). Ainsi, si ce n'était la demi-croupe du toit aux pignons, il serait difficile de déceler une éventuelle réduction du nombre de travées. Le toit se caractérise par deux longs pans descendant jusqu'à 2 mètres du sol environ. La datation d'un tel bâtiment est hasardeuse en raison de l'intemporalité de ses matériaux et de leur mise en œuvre. Malgré tout, son volume et sa structure renvoient immanquablement aux specimens médiévaux et modernes connus sans qu'il soit raisonnable d'être plus affirmatif.

En face, fermant la cour au nord, se trouve le logis de la grange. Cette bâtisse de craie de plan simple (16 x 12 m), reposant sur une assise de brique (1 m hors sol) afin de l'isoler de l'humidité, est couverte d'un toit à croupes et pourrait remonter au XVIIIe voire au XVIIe siècle dans sa constitution actuelle, un peu à la manière des maisons seigneuriales de Morimond par exemple (ill. IVR21_20151000511. Nombre de remaniements se lisent dans les remplissages de briques que l'on retrouve en guise de chaînage d'angle et surtout autour des ouvertures. Néanmoins, quelques éléments conservés et intégrés au bâtiment sont plus anciens, en particulier les deux contreforts à double larmier qui contiennent le pignon oriental et qui pourraient bien être médiévaux. Une aile prolonge le logis vers l'ouest. De même apparence que la grange (pan de bois et brique), elle comporte un étage-fenil en combles, éclairé par des lucarnes, auquel on accède par un escalier extérieur, le tout surmontant un rez-de-chaussée subdivisé en remises, granges et étables-écuries (ill. IVR21_20151000512).

Murs bois pan de bois
calcaire pierre avec brique en remplissage
Toit tuile plate, tôle ondulée
Plans plan rectangulaire régulier
Couvertures toit à longs pans demi-croupe
toit à longs pans croupe
Mesures :
Précision dimensions

grange-halle : 29 x 17 m. / logis : 16 x 12 m.

Statut de la propriété propriété privée
(c) Région Grand-Est - Inventaire général (c) Région Grand-Est - Inventaire général - WISSENBERG Christophe
Christophe WISSENBERG

Christophe WISSENBERG


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.