Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Lacroix : ancienne grange et moulin de la Valroy

Dossier IA08002504 réalisé en 2015

Fiche

Un peu excentrée au sud du noyau des domaines primitifs de la Valroy, la grange de Lacroix se situe dans la vallée des Barres (08- com. Le Thour) qui descend lentement rejoindre l’Aisne à hauteur d’Asfeld (cf. carte du temporel ill. IVR21_20150800500NUCA). En aval de Nizy-le-Comte, ce petit cours d’eau change de régime grâce au concours d’une zone de confluence qui lui apporte le débit de plusieurs sources et le rend pérenne, ce qui, conjugué à une pente très faible, a occasionné de nombreux marais et ce jusqu’à l’Aisne. Même si le cours actuel du ruisseau des Barres l’évite en passant au pied du versant exposé au nord-est, la grange de Lacroix fut d’abord un moulin qui était arrosé par l’un de ses anciens bras, asséchés et remplacés par des fossés de drainage rectilignes en vue d’assainir les sols. Ce moulin a été donné à la Valroy vers 1162-75 par Odon Frossard, vassal de Raoul du Thour, contre un cens annuel de 20 sous. En tant que suzerain, Raoul ajouta quelque terre jouxtant le moulin, ainsi qu’un droit de pêche (BnF, lat. 10945, f. 9r-10r). Cette double donation a été rappelée dans la bulle confirmative du pape Alexandre III [1175-77]. Par cette acquisition importante, l’abbaye se dotait d’un premier moulin au plus près de ce que lui permettaient les difficiles conditions hydrologiques des vaux du Porcien. Dès 1154 cependant le comte Hugues de Roucy, fondateur, avait déjà donné des terres sur le finage du Thour ainsi que le tiers de sa part des territoires d’Abbécourt et Grandvilliers (aujourd’hui inconnus mais localisables à proximité de Lacroix) (AD08, H263). Le domaine en formation s’accrut de manière significative à partir de 1175 grâce à Alice et Yves du Thour qui donnèrent la moitié du vivier situé entre les moulins de Bethancourt et de Lacroix, et le droit d’avoir deux troupeaux au dit lieu. À cette date, le moulin n’était plus seulement un moulin. Dix ans plus tard, Raoul du Thour céda ses droits d’usages, notamment de pâturages, sur le finage ainsi que le vivier de Lacroix. En 1189 avant de se croiser, il ajouta la moitié d’un pré à Nizy et surtout vendit le moulin de Lagnicourt pour 70 £ en précisant que l’abbaye pourrait le remplacer et acheter du terrain pour y construire une maison. Ce que ne firent pas les moines car ce deuxième moulin existait et fonctionnait encore aux côtés de celui de Lacroix comme le montre l’acte de Jean de Soissons, seigneur du Thour, en 1256, qui mentionne « lor courtil de la Crois devers le molin a Laingnicourt » (AD08, H261, vidimus de 1347). Il leur accorda à cette occasion le droit de hausser l’eau de leur vivier (de Lagnicourt) et d’acquérir du bois et des terres autour. À partir de cette période, la Valroy développa une nouvelle grange à Nizy sur la base de plusieurs donations, qui durent provoquer une redistribution dans l’exploitation des biens. Le moulin de Lagnicourt a disparu à une date inconnue, sans doute assez reculée pour ne pas avoir laissé la moindre trace toponymique. Au XVIIIe siècle, le ferme de Lacroix est citée seule. Vers 1783, elle rapportait encore 750 £ à l’abbaye avant d’être vendue comme Bien National.

Quand on sait quel lourd tribut les villages voisins de la Valroy ont payé lors de la Grande Guerre, se trouvant sur la ligne de front en 1918 comme Saint-Quentin-le-Petit, on ne peut que se féliciter d’être accueilli à Lacroix par de beaux vestiges de la grange du XIIIe siècle. La ferme actuelle forme un grand parallélépipède trapézoïdal de 78 m de côtés au plus large (ill. IVR21_20150800284NUCA). En comparant les plans que livrent le cadastre ancien (1828), la carte d’État-Major (1866) et les documents actuels, on constate que le plan rectangulaire ”initial” de la ferme a été augmenté au nord-est de l’espace qui la séparait du chemin, et cela au prix d’une reconstruction complète des ailes nord et est et sud pour moitié. La seule partie observant une véritable stabilité et donc ancienneté se situe à l’angle sud-ouest du corps de ferme, occupé par un beau bâtiment de calcaire crayeux de 29 m sur 14, qui remonte a priori au XIIIe siècle. Un bâtiment ayant été accolé au nord, seuls sont accessibles aujourd’hui le pignon ouest (ill. IVR21_20150800508NUCA) et le gouttereau sud (ill. IVR21_20150800509NUCA). L’appareil de taille moyenne des murs tranche avec celui des chaînages d’angle et des contreforts. Ces derniers, au nombre de trois sur le gouttereau contre un seul au centre du pignon, sont de facture identique, à doubles larmiers légèrement saillants en belle pierre de taille ; ils couvrent la quasi totalité de la hauteur des murs car leur faîte se situe juste au-dessous de l’ancienne corniche dont il reste encore deux éléments en place, visibles au niveau de l’ancien angle nord-ouest, surmontant l’ancien chaînage d’angle partiellement remanié par la jonction du bâtiment accolé postérieurement. Ce dernier sert de piédroit gauche à la grande porte charretière au linteau de bois (poutre) dont le piédroit droit observe les mêmes caractéristiques formelles. Une issue symétrique se retrouve sur la partie non obstruée du pignon est que les adjonctions postérieures (habitation) ont modifié. Ce bâtiment dans son volume et ses ouvertures, pour autant qu’on puisse encore en juger, semble avoir eu une fonction de stockage et il y a donc lieu de penser qu’il s’agit là de la grange médiévale stricto sensu.

Du moulin en revanche, il ne reste rien (hors potentiel archéologique) et devait se situer quelques mètres en contrebas au contact de l’ancien cours du ruisseau ou d’un bief. Mais le plus inattendu se trouve de l’autre côté du chemin qui dessert la ferme, où se situe un hangar métallique, greffé sur un bâtiment en pierre plus ancien dont il subsiste le pignon sud et l’amorce sur quelques mètres des gouttereaux. Ce pignon de largeur et d’appareil similaires à la grange comporte un contrefort de même facture, placé en son centre (ill. IVR21_20150800510NUCA). Ce bâtiment interroge car ni le cadastre de 1828 ni la carte de 1866 ne le signalent. Certes l’omission reste possible (cf. cas de la Grange-aux-Bois). Une photographie aérienne réalisée en 1922, bien que très altérée, prouve clairement son existence. Que faut-il penser ? S’agit-il d’une omission cartographique ou d’un bâtiment réellement construit entre 1866 et 1922 ? Mais auquel cas d’où viendrait alors ce contrefort ? du pignon oriental de la grange sur lequel s’appuie l’habitation actuelle ? Et quelle aurait été l’utilité de le remployer à cet endroit quand d’autres techniques constructives permettaient à l’époque de faire l’économie d’un remploi coûteux et, d’un point de vue agricole, superflu ? À l’opposé, s’il existait bel et bien à cet emplacement, ce bâtiment jetterait alors une nouvelle fois —avec la Grange-aux-Bois— un certain discrédit sur la fiabilité des relevés cadastraux dits ”napoléoniens”. La question est ouverte.

Genre de cisterciens
Appellations Ferme de Lacroix, Ferme de la Croix
Destinations moulin, grange monastique, ferme
Parties constituantes non étudiées ferme
Dénominations grange monastique, moulin
Aire d'étude et canton Asfeld
Adresse Commune : Le Thour
Lieu-dit : Ferme de la Croix
Cadastre : 1998 ZW 84 + section ZL, parc. 48

Un peu excentrée au sud du noyau des domaines primitifs de la Valroy, la grange de Lacroix se situe dans la vallée des Barres (08- com. Le Thour) qui descend lentement rejoindre l’Aisne à hauteur d’Asfeld (cf. carte du temporel ill. IVR21_20150800500NUCA). En aval de Nizy-le-Comte, ce petit cours d’eau change de régime grâce au concours d’une zone de confluence qui lui apporte le débit de plusieurs sources et le rend pérenne, ce qui, conjugué à une pente très faible, a occasionné de nombreux marais et ce jusqu’à l’Aisne. Même si le cours actuel du ruisseau des Barres l’évite en passant au pied du versant exposé au nord-est, la grange de Lacroix fut d’abord un moulin qui était arrosé par l’un de ses anciens bras, asséchés et remplacés par des fossés de drainage rectilignes en vue d’assainir les sols. Ce moulin a été donné à la Valroy vers 1162-75 par Odon Frossard, vassal de Raoul du Thour, contre un cens annuel de 20 sous. En tant que suzerain, Raoul ajouta quelque terre jouxtant le moulin, ainsi qu’un droit de pêche (BnF, lat. 10945, f. 9r-10r). Cette double donation a été rappelée dans la bulle confirmative du pape Alexandre III [1175-77]. Par cette acquisition importante, l’abbaye se dotait d’un premier moulin au plus près de ce que lui permettaient les difficiles conditions hydrologiques des vaux du Porcien. Dès 1154 cependant le comte Hugues de Roucy, fondateur, avait déjà donné des terres sur le finage du Thour ainsi que le tiers de sa part des territoires d’Abbécourt et Grandvilliers (aujourd’hui inconnus mais localisables à proximité de Lacroix) (AD08, H263). Le domaine en formation s’accrut de manière significative à partir de 1175 grâce à Alice et Yves du Thour qui donnèrent la moitié du vivier situé entre les moulins de Bethancourt et de Lacroix, et le droit d’avoir deux troupeaux au dit lieu. À cette date, le moulin n’était plus seulement un moulin. Dix ans plus tard, Raoul du Thour céda ses droits d’usages, notamment de pâturages, sur le finage ainsi que le vivier de Lacroix. En 1189 avant de se croiser, il ajouta la moitié d’un pré à Nizy et surtout vendit le moulin de Lagnicourt pour 70 £ en précisant que l’abbaye pourrait le remplacer et acheter du terrain pour y construire une maison. Ce que ne firent pas les moines car ce deuxième moulin existait et fonctionnait encore aux côtés de celui de Lacroix comme le montre l’acte de Jean de Soissons, seigneur du Thour, en 1256, qui mentionne « lor courtil de la Crois devers le molin a Laingnicourt » (AD08, H261, vidimus de 1347). Il leur accorda à cette occasion le droit de hausser l’eau de leur vivier (de Lagnicourt) et d’acquérir du bois et des terres autour. À partir de cette période, la Valroy développa une nouvelle grange à Nizy sur la base de plusieurs donations, qui durent provoquer une redistribution dans l’exploitation des biens. Le moulin de Lagnicourt a disparu à une date inconnue, sans doute assez reculée pour ne pas avoir laissé la moindre trace toponymique. Au XVIIIe siècle, le ferme de Lacroix est citée seule. Vers 1783, elle rapportait encore 750 £ à l’abbaye avant d’être vendue comme Bien National.

Période(s) Principale : 13e siècle, 18e siècle , (?)

Quand on sait quel lourd tribut les villages voisins de la Valroy ont payé lors de la Grande Guerre, se trouvant sur la ligne de front en 1918 comme Saint-Quentin-le-Petit, on ne peut que se féliciter d’être accueilli à Lacroix par de beaux vestiges de la grange du XIIIe siècle. La ferme actuelle forme un grand parallélépipède trapézoïdal de 78 m de côtés au plus large (ill. IVR21_20150800284NUCA). En comparant les plans que livrent le cadastre ancien (1828), la carte d’État-Major (1866) et les documents actuels, on constate que le plan rectangulaire ”initial” de la ferme a été augmenté au nord-est de l’espace qui la séparait du chemin, et cela au prix d’une reconstruction complète des ailes nord et est et sud pour moitié. La seule partie observant une véritable stabilité et donc ancienneté se situe à l’angle sud-ouest du corps de ferme, occupé par un beau bâtiment de calcaire crayeux de 29 m sur 14, qui remonte a priori au XIIIe siècle. Un bâtiment ayant été accolé au nord, seuls sont accessibles aujourd’hui le pignon ouest (ill. IVR21_20150800508NUCA) et le gouttereau sud (ill. IVR21_20150800509NUCA). L’appareil de taille moyenne des murs tranche avec celui des chaînages d’angle et des contreforts. Ces derniers, au nombre de trois sur le gouttereau contre un seul au centre du pignon, sont de facture identique, à doubles larmiers légèrement saillants en belle pierre de taille ; ils couvrent la quasi totalité de la hauteur des murs car leur faîte se situe juste au-dessous de l’ancienne corniche dont il reste encore deux éléments en place, visibles au niveau de l’ancien angle nord-ouest, surmontant l’ancien chaînage d’angle partiellement remanié par la jonction du bâtiment accolé postérieurement. Ce dernier sert de piédroit gauche à la grande porte charretière au linteau de bois (poutre) dont le piédroit droit observe les mêmes caractéristiques formelles. Une issue symétrique se retrouve sur la partie non obstruée du pignon est que les adjonctions postérieures (habitation) ont modifié. Ce bâtiment dans son volume et ses ouvertures, pour autant qu’on puisse encore en juger, semble avoir eu une fonction de stockage et il y a donc lieu de penser qu’il s’agit là de la grange médiévale stricto sensu.

Du moulin en revanche, il ne reste rien (hors potentiel archéologique) et devait se situer quelques mètres en contrebas au contact de l’ancien cours du ruisseau ou d’un bief. Mais le plus inattendu se trouve de l’autre côté du chemin qui dessert la ferme, où se situe un hangar métallique, greffé sur un bâtiment en pierre plus ancien dont il subsiste le pignon sud et l’amorce sur quelques mètres des gouttereaux. Ce pignon de largeur et d’appareil similaires à la grange comporte un contrefort de même facture, placé en son centre (ill. IVR21_20150800510NUCA). Ce bâtiment interroge car ni le cadastre de 1828 ni la carte de 1866 ne le signalent. Certes l’omission reste possible (cf. cas de la Grange-aux-Bois). Une photographie aérienne réalisée en 1922, bien que très altérée, prouve clairement son existence. Que faut-il penser ? S’agit-il d’une omission cartographique ou d’un bâtiment réellement construit entre 1866 et 1922 ? Mais auquel cas d’où viendrait alors ce contrefort ? du pignon oriental de la grange sur lequel s’appuie l’habitation actuelle ? Et quelle aurait été l’utilité de le remployer à cet endroit quand d’autres techniques constructives permettaient à l’époque de faire l’économie d’un remploi coûteux et, d’un point de vue agricole, superflu ? À l’opposé, s’il existait bel et bien à cet emplacement, ce bâtiment jetterait alors une nouvelle fois —avec la Grange-aux-Bois— un certain discrédit sur la fiabilité des relevés cadastraux dits ”napoléoniens”. La question est ouverte.

Murs calcaire moyen appareil
Toit tôle ondulée, tuile mécanique
Plans plan rectangulaire régulier
Couvertures toit à longs pans croupe
toit à longs pans pignon découvert
Précision dimensions

Grange médiévale : 29 x 14 m.

Statut de la propriété propriété privée
(c) Région Grand-Est - Inventaire général (c) Région Grand-Est - Inventaire général - WISSENBERG Christophe
Christophe WISSENBERG

Christophe WISSENBERG


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.