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Villaine-Chappes, ancienne grange de Signy

Dossier IA08002514 réalisé en 2015

Fiche

Villaine (08- com. Chappes) a d’abord été un moulin semble-t-il, dont Signy avait reçu l’emplacement avec d’autres biens. Ce moulin était d’ailleurs judicieusement situé au centre d’un petit bassin de confluence, sur la Vaux tout juste grossie de plusieurs cours d’eau dont la Draize et le Givron-Doumély descendus des crêtes pré-ardennaises et de la forêt de Signy. En 1156, Alice de Séry donna aux moines la moitié de Villaine et du bois voisin de Rahennages. La bulle d’Alexandre III, qui en reprend les termes en 1163, précise en outre que cette donation avait été consentie en vue d’y construire une grange (« ad grangiam aedificandam ») et y faire un pré (Ch. Higounet, Défrichements et villeneuves du Bassin parisien, 1990, p. 177). Ce projet n’a manifestement pas vu le jour puisque le chartrier de Signy n’évoque pas Villaine en tant que grange. En tout cas les documents manquent pour attester ce qu’elle a dû être avant que le site de Chappes ne viennent la supplanter ; il y a tout lieu de penser qu’un transfert de site grangier s’est produit là. En 1159, les convers labouraient déjà des terres et pratiquaient l’élevage à Villaine et à Chappes, qui bénéficia encore d’autres libéralités foncières et juridiques au cours des années suivantes (terres, remises de dîmes, de cens, par le chapitre métropolitain, par les abbayes de Coincy et Saint-Nicaise, par des seigneurs locaux). Il faut rappeler que Chappes est une ancienne paroisse, où un autel est signalé à la nomination de l’abbé de Saint-Nicaise de Reims, que ce dernier finit par abandonner à Signy en 1165. Avant cette date, Chappes comptait encore une population paysanne à qui l’abbaye confia en 1160 l’exploitation de la moitié du terroir (V. Corneille, Acta de Signy, p. 334). Cette situation a dû perdurer un temps car en 1189 l’abbaye rachetait le cens dû à Raoul du Thour qui le tenait en fief du comte de Chiny. En 1220, c’est au tour des prémontrés de Chaumont de vendre tous leurs biens audit lieu, revenus compris, comme encore Marie du Thour deux ans plus tard en aumône. Ce n’est qu’à ce moment-là que Chappes devient définitivement et pleinement une grange et que Vilaine endosse le rôle d’une domus dotée d’un moulin. Il aura fallu le temps à l’abbaye de libérer son territoire grangier de Villaine-Chappes de l’enchevêtrement de ses ressorts féodaux et de ses contraintes juridiques, de contrôler sa paroisse voire de la supprimer, de régler le sort de sa communauté paysanne en la déplaçant ou en l’intégrant à son effectif de convers et familiers, pour que le choix de Chappes prenne véritablement effet et que les conditions de l’affirmation de son statut soient réunies. L’option d’un siège grangier à Chappes plutôt qu’à Villaine résulte sans doute pour une part du hasard des donations, dans un premier temps du moins, mais il procède plus sûrement d’une pratique spatiale, mettant en évidence la pertinence structurelle d’un recentrage territorial, la préférence statutaire d’un site plus isolé eu égard à la trop grande proximité de Villaine et du village de Justine (à moins de 1 km sur l’autre rive), enfin aussi l'intérêt d’un site mieux exposé et abrité dans son cirque, à la complémentarité des terroirs plus affirmée. La superficie accumulée, correspondant pour l’essentiel à la commune actuelle, a eu pour conséquence non seulement de conserver Villaine à l’extrémité sud-est, mais aussi de créer par la suite (époque moderne ?) d’autres centres d’exploitation secondaires comme la ferme de la Vigne, dont le nom et l’emplacement dans le creux d’une indentation du versant exposée plein sud parlent d’eux-mêmes, ou encore la Cour (au sud) et Blancmont (au nord), tous deux détruits, qui complétaient l’encadrement du territoire. Ce mode de mise en valeur rappelle le système de la grange-maîtresse et de ses fermes-annexes adopté à Clairvaux et plus ponctuellement dans d’autres abbayes de moindre ampleur. Le site de Chappes-Villaine, qui s’étend du plateau presque entièrement déboisé à la vallée élargie de la Vaux, est en grande partie occupé par un relief très digité faisant une large part aux versants, où la vigne a pu être développée. Elle y est d’ailleurs signalée en 1213 (Ch. Higounet, op. cit., p. 200). Avec près de 1000 ha de superficie, Signy disposait là de sa grange la plus importante.

Villaine présente un cas de figure similaire à Mésancelle : la grange ancienne n’est pas la ferme actuelle qui a été reconstruite entièrement juste à côté, à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. Le plan cadastral de 1835 est sans équivoque : les bâtiments de l’époque monastique s’étendaient au sud du chemin d’accès. La ferme actuelle a pu être construite avec les ruines de l’ancienne (ill. IVR21_20150800220NUCA).

Genre de cisterciens
Appellations Villaine, La Villaine
Parties constituantes non étudiées ferme
Dénominations moulin, ferme
Aire d'étude et canton Chaumont-Porcien
Adresse Commune : Chappes
Lieu-dit : La Villaine
Adresse : D 11
Cadastre : 1993 A1 449-450 Ferme actuelle sur parcelles 449 et 450 Ferme détruite sur parcelle 452

Villaine (08- com. Chappes) a d’abord été un moulin semble-t-il, dont Signy avait reçu l’emplacement avec d’autres biens. Ce moulin était d’ailleurs judicieusement situé au centre d’un petit bassin de confluence, sur la Vaux tout juste grossie de plusieurs cours d’eau dont la Draize et le Givron-Doumély descendus des crêtes pré-ardennaises et de la forêt de Signy. En 1156, Alice de Séry donna aux moines la moitié de Villaine et du bois voisin de Rahennages. La bulle d’Alexandre III, qui en reprend les termes en 1163, précise en outre que cette donation avait été consentie en vue d’y construire une grange (« ad grangiam aedificandam ») et y faire un pré (Ch. Higounet, Défrichements et villeneuves du Bassin parisien, 1990, p. 177). Ce projet n’a manifestement pas vu le jour puisque le chartrier de Signy n’évoque pas Villaine en tant que grange. En tout cas les documents manquent pour attester ce qu’elle a dû être avant que le site de Chappes ne viennent la supplanter ; il y a tout lieu de penser qu’un transfert de site grangier s’est produit là. En 1159, les convers labouraient déjà des terres et pratiquaient l’élevage à Villaine et à Chappes, qui bénéficia encore d’autres libéralités foncières et juridiques au cours des années suivantes (terres, remises de dîmes, de cens, par le chapitre métropolitain, par les abbayes de Coincy et Saint-Nicaise, par des seigneurs locaux). Il faut rappeler que Chappes est une ancienne paroisse, où un autel est signalé à la nomination de l’abbé de Saint-Nicaise de Reims, que ce dernier finit par abandonner à Signy en 1165. Avant cette date, Chappes comptait encore une population paysanne à qui l’abbaye confia en 1160 l’exploitation de la moitié du terroir (V. Corneille, Acta de Signy, p. 334). Cette situation a dû perdurer un temps car en 1189 l’abbaye rachetait le cens dû à Raoul du Thour qui le tenait en fief du comte de Chiny. En 1220, c’est au tour des prémontrés de Chaumont de vendre tous leurs biens audit lieu, revenus compris, comme encore Marie du Thour deux ans plus tard en aumône. Ce n’est qu’à ce moment-là que Chappes devient définitivement et pleinement une grange et que Vilaine endosse le rôle d’une domus dotée d’un moulin. Il aura fallu le temps à l’abbaye de libérer son territoire grangier de Villaine-Chappes de l’enchevêtrement de ses ressorts féodaux et de ses contraintes juridiques, de contrôler sa paroisse voire de la supprimer, de régler le sort de sa communauté paysanne en la déplaçant ou en l’intégrant à son effectif de convers et familiers, pour que le choix de Chappes prenne véritablement effet et que les conditions de l’affirmation de son statut soient réunies. L’option d’un siège grangier à Chappes plutôt qu’à Villaine résulte sans doute pour une part du hasard des donations, dans un premier temps du moins, mais il procède plus sûrement d’une pratique spatiale, mettant en évidence la pertinence structurelle d’un recentrage territorial, la préférence statutaire d’un site plus isolé eu égard à la trop grande proximité de Villaine et du village de Justine (à moins de 1 km sur l’autre rive), enfin aussi l'intérêt d’un site mieux exposé et abrité dans son cirque, à la complémentarité des terroirs plus affirmée. La superficie accumulée, correspondant pour l’essentiel à la commune actuelle, a eu pour conséquence non seulement de conserver Villaine à l’extrémité sud-est, mais aussi de créer par la suite (époque moderne ?) d’autres centres d’exploitation secondaires comme la ferme de la Vigne, dont le nom et l’emplacement dans le creux d’une indentation du versant exposée plein sud parlent d’eux-mêmes, ou encore la Cour (au sud) et Blancmont (au nord), tous deux détruits, qui complétaient l’encadrement du territoire. Ce mode de mise en valeur rappelle le système de la grange-maîtresse et de ses fermes-annexes adopté à Clairvaux et plus ponctuellement dans d’autres abbayes de moindre ampleur. Le site de Chappes-Villaine, qui s’étend du plateau presque entièrement déboisé à la vallée élargie de la Vaux, est en grande partie occupé par un relief très digité faisant une large part aux versants, où la vigne a pu être développée. Elle y est d’ailleurs signalée en 1213 (Ch. Higounet, op. cit., p. 200). Avec près de 1000 ha de superficie, Signy disposait là de sa grange la plus importante.

Période(s) Principale : 2e moitié 19e siècle, 1ère moitié 20e siècle , (?)

Villaine présente un cas de figure similaire à Mésancelle : la grange ancienne n’est pas la ferme actuelle qui a été reconstruite entièrement juste à côté, à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. Le plan cadastral de 1835 est sans équivoque : les bâtiments de l’époque monastique s’étendaient au sud du chemin d’accès. La ferme actuelle a pu être construite avec les ruines de l’ancienne (ill. IVR21_20150800220NUCA).

Murs brique brique et pierre
Toit ardoise, tôle ondulée
Plans plan rectangulaire régulier
Étages en rez-de-chaussée, 1 étage carré, étage de comble
Couvertures toit à longs pans croupe
toit à longs pans pignon découvert
Statut de la propriété propriété privée
(c) Région Grand-Est - Inventaire général (c) Région Grand-Est - Inventaire général - WISSENBERG Christophe
Christophe WISSENBERG

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